13m² de Barthélémy Grossmann - 2007
Ah que ça fait du bien quand c'est quelqu'un d'autre que Besson qui s'occupe de produire des films sur la banlieue ! 13m² est une magnifique surprise, et un film étonnament maîtrisé si on tient compte que c'est un premier long-métrage, qui plus est entièrement porté (réalisation, production, scénario et interprétation) par un tout jeune gars.
Disons que ça se situe entre les frères Dardenne et Matthieu Kassovitz, sans le côté austère des premiers et la crânerie du second, avec des allusions fines à Scarface (mais le vrai, celui de Hawks, pas l'icône bêtement sanctifiée des banlieusards du dimanche) ou à Strangers on a Train d'Hitchcock (mais ça, c'est peut-être moi qui délire). Disons que ça rappelle surtout l'excellente trilogie Pusher : même nervosité de réalisation, même intelligence simple dans le dessin des personnages, même radicalité, même souci de vérité, presque même sujet. La simplicité de procédés du film
sert parfaitement la trame, simplissime elle aussi : 3 marlous entreprennent un braquage, qui foire, et se retrouvent enfermés dans une planque minuscule, d'où le titre. Plus que l'action, c'est les rapports entre les personnages et les dialogues qui intéressent Grossmann. Et de ce côté-là, c'est du nickel : loin de tout cliché, les acteurs sont tout en épaisseur psychologique et finesse de jeu. Etonnant de voir comment Grossmann évite soigneusement les pièges de son sujet, en livrant 3 portraits subtils et complets (ils sont drôles et inquiétants, gamins et adultes en même temps). Les personnages, tous très différents dans leur façon d'appréhender leurs actes, forment un tout homogène qui passionne, chacun d'eux ayant toute sa place pour s'exprimer totalement. Les petits rôles ne sont pas sacrifiés pour autant, entre le dur à cuire inquiétant comme tout (belle scène de bagarre de rue, Scorsese n'est pas loin) et le bizarre personnage qui ouvre et clôt le film, comme un mystère (Thierry Lhermitte, parfait de naturel).
Les deux ou trois excitations de metteur en scène sont bien vues elles aussi, notamment lors de l'éxécution du braquage, entièrement perçu par les sons, alors qu'à l'écran on suit un couloir glauque en un long travelling saccadé du meilleur effet. On pardonne aisément, au vu de telles inspirations, les quelques tics d'artiste (l'avion qui passe au-dessus des personnages pendant le deal d'armes, les voix qui tournent dans la tête du héros, ou la fin un poil chargée). C'est tenu, tendu, très pro tout en gardant la fraîcheur de la jeunesse. Bref, du très bon boulot.