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16 avril 2025

Terre sans Pain (Las Hurdes) (1933) de Luis Buñuel

 

concentrationkid

Ça donne pas envie d'aller passer ses vacances en Espagne. Oui certes c'était en 1932, mais on peut dire que dans le genre accumulation de malheurs, ça se pose là : outils rudimentaires, maisons de bric et de broc, culture famélique, crétinisme, paludisme, famine, attaque d'abeilles (!) (les abeilles te laminent un âne en moins d'une heure ! Demain j'arrête le miel), mort de nouveau-né... J'en passe sinon je vais me mettre à chialer. Buñuel montre tout sans faire de concession et on finit KO après à peine 27 minutes de documentaire. Ça part d'ailleurs sur les chapeaux de roues avec une bien belle tradition dans le village le plus proche de cette peuplade des Hurdes : il faut que les jeunes mariés, sur des chevaux, arrachent la tête de coqs vivants suspendus à des fils ; j'ai beaucoup apprécié alors le commentaire off du type : "Étrange coutume à forte symbolique sexuelle que nous ne commenterons pas plus en profondeur ici" ; si arracher la tête d'un coq vivant c'est un symbole sexuel, franchement, j'aimerais pas passer une nuit avec le type en question - toute analyse à ce sujet d'un psychanalyste même amateur m'éclairerait. Bref, c'est plutôt sympa comme film pour commencer sa journée, ça devrait me permettre d'arrêter de me plaindre pour au moins 24 heures.  (Shang - 26/07/07)

bunuel

 

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On touche vraiment au sublime avec ce court-métrage issu de l'enfer, qui s'intéresse donc aux Hurdes, peuplade hyper-reculée et quasi-inconnue alors en plein cœur de l'Espagne. Buñuel y va en ethnologue un peu effrayé, un peu supérieur aussi, comme le seront plus tard un Jean Rouch ou un Werner Herzog dans leurs domaines. Il y va aussi armé de ses convictions politiques et esthétiques : le film est avant tout un manifeste pour sortir ces gens de leur misère, le dernier carton qui clôt la chose ne s'en cache pas. Un jour, les gens se rebelleront et quitteront leur état miséreux, c'est le message et on le prend en pleine poire. Mais finalement, le discours est plus complexe : en fermant son film dans tous les sens, en nous mettant le nez dedans, en nous montrant la désolation, la maladie, la mort, le cinéaste ne cherche pas à nous faire réagir et espérer un monde meilleur ; il nous met devant le scandale de la réalité, dans une posture très cynique et nihiliste : les choses en sont arrivées là, et vous n'y pouvez rien, alors regardez-les en face et puis c'est tout. C'est punk et anar à mort. Esthétiquement, on reconnait à mille kilomètres notre pourtant débutant Luis, dans la frontalité totale avec laquelle il filme la misère. Les coqs décapités à mains nues (mon camarade Shang n'était pas très au fait des théories psychanalytiques à l'époque : l'aspect sexuel et primal saute aux yeux), l'âne qui meurt sous les piqures d'abeilles (une scène absolument inenvisageable aujourd'hui, et dont on soupçonne qu'elle a été un peu mise en scène, ou en tout cas acceptée, par le cinéaste qui a dû trouver là un magnifique exemple de la monstruosité qu'il voulait démontrer), les "crétins" congénitaux, les malades exposés à l'air libre, les enfants qui boivent l'eau de la rivière dans laquelle se roulent des cochons dégueus, tout est filmé sans fard, dans une série de plans qui sont autant de tableaux sans profondeur de champ, sans souci de beauté ou de grammaire cinématographique, tels quels. On est sidéré qu'au XXème siècle, il reste des traces aussi moyen-âgeuses en Europe, et tout comme Buñuel, on éprouve un mélange de distance, de hauteur par rapport à tout ça et une véritable indignation. Tout comme on est étonné de retrouver dans ce Buñuel hyper réaliste le cinéaste surréaliste d'Un Chien andalou ou L'Âge d'or : une manière de révéler autrement le réel, de le réécrire quelque part. On voit bien en effet que le film est secrètement travaillé, rejoué parfois, mis en scène, comme si Buñuel utilisait ce matériau horrible pour développer son discours et son regard assez sadique. On est sidéré par le résultat, qui flirte avec les gravures du Moyen-Âge et la littérature à la Lautréamont. Génial.  (Gols - 16/04/25)

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