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7 juillet 2026

Quand une femme monte l'escalier (Onna ga kaidan wo agaru toki) (1960) de Mikio Naruse

Stairs1_1_Le cinéma japonais est, nom d'une Suntory, plein de merveilles éternelles, et j'avoue que c'est un délice de commencer une matinée avec ce film de Naruse, dont on a beaucoup parlé l'an dernier, et que je peux enfin découvrir grâce une nouvelle fois à la collection Criterion, en attendant les trois films parus chez Eureka. Même si cette montée d'escalier fait penser automatiquement à In the Mood For Love, Naruse n'en distille que trois plans, dont l'un magnifique sur les pieds de Keiko, hôtesse d'un bar de Ginza, se rendant bon an mal an au taff, car comme dirait Pierre Richard, "L'échelle est haute mais je grimpe" (cherchez l'intrus dans les références cinéphiliques).

 

Keiko, la sublime Hideko Takamine, vit de désillusion en désillusion, elle qui a promis à la mort de son mari il y a 5 ans déjà, de ne pas se lier avec un autre homme, lui écrivant une lettre d'amour dans son cercueil incinéré (plus romantique, tu meurs). Pas facile quand on fait ce genre de boulot, d'autant que la concurrence est rude parmi les centaines de bars de "plaisirs" de Ginza ; chaque femme tente de tirer son épingle du jeu, certaines allant jusqu'à vouloir feindre le suicide pour gagner du temps sur leurs créditeurs, seulement il est pas toujours facile de doser les somnifères dans le whisky, et on peut passer l'arme à gauche à tout moment - mais même lors des funérailles, on continue de venir pour récupérer sa thune... Monde vénal que le nôtre, mes bons ! Keiko aura l'opportunité d'ouvrir un bar à son nom (proposition de Goda, Ganjiro Nakamura, vu dans Herbes Flottantes d'Ozu), de se marier avec un homme... déjà marié, de coucher avec l'homme qu'elle aime avant que celui-ci lui annonce qu'il part dans une autre ville... Bref, rien n'y fait mais il faut continuer à avancer quitte à décevoir son prétendant de toujours, le manager Kanishi (Tatsuya Nakadai, tout en sobriété et vu dans des rôles beaucoup plus farouches d'Harakiri à Ran), qui finira par lui envoyer une baffe, victime lui-même de sa déception face à la femme qu'il vénère. Mais Keiko, qui doit aussi soutenir sa mère et son frère qui a deux pieds dans le même sabot et un gamin atteint de polio, garde la tête haute et retournera au charbon le sourire plaqué sur son visage.

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Ne tentons aucune comparaison avec Ozu, car même si Naruse est un adepte de la caméra fixe, on est malgré tout dans un autre univers (bon ben ça c'est fait...). Naruse ne presse en rien les choses, ses acteurs sont souvent immobiles et déclament leur ligne avec une sobriété toute nipponne, sans pour autant que le récit s'enlise. Le parcours de Keiko est semé de déception, elle en viendra même à faire un ulcère à force de tout garder en son for intérieur, mais elle avance coûte que coûte ; lorsqu'elle finira par se laisser aller à coucher avec un homme, complétement saoule, on aura droit au plus beau plan du film, avec ce verre vide qui roule alors que son petit pied dans sa chaussette blanche pointe le bout de son nez à gauche de l'écran : elle s'abandonne puis se rend rapidement compte de son erreur et après quelques larmes, repart à l'attaque. A noter que la musique m'a fait penser à celle d'A Bout de Souffle, aussi bizarre que cela puisse paraître, les deux films datant malgré tout de la même année. Je ne sais s'il s'agit du chef-d’œuvre de Naruse (plus que 88 à voir eheh) mais son sens de la mise en scène et de l’utilisation du cinémascope le place sans problème aucun parmi les grands maîtres. Mochi-mochi ?  (Shang - 06/03/07)

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Il aura fallu que mon compère classe ce films dans les meilleurs des années 60 pour que je me décide enfin, béotien que je suis, à tenter le coup.... et à me demander ce qui diable m'a pris de passer à côté d'une telle merveille pendant tout ce temps. C'est d'abord esthétiquement que le film vous saute aux yeux : c'est d'une sobriété radicale, certes, mais ces cadres calculés au millimètre pour utiliser au meilleur le format, ce noir et blanc faramineux, ce montage au cordeau (beaucoup de plans courts, une fluidité diabolique dans la construction), ces mouvements de caméra hyper-discrets qui éclatent tout à coup dans de beaux travellings sensuels, tout ça est d'un classicisme génial, et peut en remontrer à notre idole Ozu. Naruse tresse un écrin merveilleux à ses acteurs, et la rigueur évidente de sa mise en scène (pas un poil qui dépasse, diable) leur permet de donner libre cours aux sentiments, aux minuscules tourments qui les agitent. Un haïku, je vous dis : une forme très pure mais très "fermée", et à l'intérieur l'émotion qui peut se donner d’autant plus qu'elle est contrôlée par la forme. 

Pas facile, non, d'être tenancière d'un bar à hôtesses un peu class dans ce Tokyo désormais livré au capitalisme sans gants, à la concurrence pas toujours très loyale, à la vulgarité et au patriarcat. Pas facile d'être une femme tout court, même je dirais. C'est le triste état pourtant de la courageuse Keiko, qui, malgré l'adversité, malgré les avanies, malgré les trahisons et les déceptions, tentera jusqu'au bout de rester digne. Elle est malmenée du début à la fin de ce mélodrame sans violons, et plus les ennuis surgissent devant elle, plus on l'aime. Elle a une sorte de fatalisme face à la lâcheté des hommes (qui lui mentent, la trahissent, la déçoivent) et à la petitesse des femmes (tout autant décevantes, mais elles peut-être pour de meilleures raisons), magnifié par le jeu génial de Hideko Takamine, qui la rend poignante. Naruse la pose au milieu d'une société en pleine déliquescence, gagnée par le sexe tarifé, l'alcool, le mépris de classe, l'argent roi, où les femmes ne sont plus que des marchandises interchangeables au service des hommes fortunés. Pourtant, il ne se laisse pas aller à une critique violente ou manichéenne de ce monde : son film est doux, et regarde avec une tendresse teintée de tristesse cet univers assez dégueulasse. Il donne un regard empathique à chacun des (nombreux ) personnages, trouve pour chacun une raison d'agir comme il le fait, et si son film est critique, c'est plutôt d'une société en général que des individus qui se battent pour y survivre. Un film aussi beau que triste, un splendide mélo d'une sobriété totale, une école de comédiens : merveille absolue. A mon avis, un des plus beaux des 60's.  (Gols - 07/07/26)

 

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