LIVRE : La Mort du Roi Tsongor de Laurent Gaudé - 2002
D'un côté, de la bienveillance pour ce bouquin, puisque j'aime bien, par principe, Gaudé, qui est un des auteurs de théâtre les plus inspirés du moment ; de l'autre, objectivement, pas mal d'ennui, voire d'affliction pour cette Mort du Roi Tsongor, qui frôle parfois le bouquin France Loisirs, ce qui n'est pas une qualité. Ben oui, que voulez-vous : je n'accroche pas à cette trame hyper-solennelle, qui retrace le destin d'un empire qui part en vrille après la mort du patriarche. D'accord, la guerre et ses absurdités fondamentales y sont bien décrites, dans un style sec et large en même temps, succession de phrases courtes et sobres qui rendent bien l'inéluctabilité de la chose. Les dernières pages sont particulièrement prenantes, qui voient s'affronter des restes d'armées décharnées, uniquement guidées par l'énergie du désespoir, ayant complètement perdu de vue les raisons originelles du conflit. Il y a aussi ça et là de vraies inspirations dans les idées (le cadavre du roi qui continue à parler, le joli personnage féminin), et un esprit subtil qui permet de dresser des parallèles entre ce monde du passé et le monde contemporain. Bon, c'est plutôt bien écrit, quoi. Mais on a souvent l'impression quand même d'un livre écrit pour les clubs-lecture des ménagères de plus de 50 ans de Brioude, pour être méchant. Bon, il faut dire que je n'aime pas beaucoup les contes, et que ce récit en a tous les airs, avec ce sérieux affiché, avec ces quêtes inutiles qui durent comme il se doit des années, avec ces discours solennels de chefs de guerre, avec ces codes de récit vus et revus. Gaudé a du mal à relancer le genre, et on ne peut qu'avoir tendance à préférer Garcia Marquez, dont l'ombre est un peu trop présente en fond de tableau. Les péripéties de ses héros, mêmes amples et puissantes, sentent un peu le réchauffé, et passée la surprise des premières pages, on voit venir les choses, mollement, sans passion. Une soirée contes, je vous dis. Du bon travail, propret et scolaire, mais qui restera dans les rayons "déjà fait" des bibliothèques.