Traquenard (Otoshiana) (1962) d'Hiroshi Teshigahara
Premier long-métrage deTeshigahara et première collaboration avec Abe Kobo (On leur devra par la suite le troublant La Femme des sables, même si le bouquin reste définitivement un ton au-dessus du long-métrage), cette oeuvre entre film noir et film fantastique est vraiment une perle japonaise.
Paysage désertique de mines, atmosphère ultra étouffante - tous les personnages transpirent autant que Carlos quand il pêche un mérou -, manipulation infernale sur fond de guerre de syndicats, individus qui, une fois morts, reprennent leur enveloppe corporelle mais deviennent invisibles aux yeux des vivants, les deux artistes semblent s'entendre à la perfection pour parvenir à traduire en images ce r
écit d'une imagination bouillonnante. Sublime scène que celle d'un homme en blanc sortant de nulle part poursuivant un mineur avant de l'assassiner sauvagement dans la boue à coups de couteau. Si l'on peine un peu au début à comprendre où Teshigahara veut nous amener, on comprend progressivement que les personnages principaux sont englués dans un destin infernal à l'image de ses fourmis qui se noient dans un bol d'eau. Cette machination diabolique qui débouchera sur une scène hallucinante où les deux secrétaires de syndicats miniers s'entretueront est parfaitement huilée: le noir et blanc poisseux (c'est pas facile à faire, croyez-moi... (?)) est au diapason et la musique (imaginez Björk qui tente de faire un concert avec un set de sushi et vous serez pas loin)
tend l'ambiance de façon incroyable et cela dès la scène d'ouverture où l'on assiste à la fuite des personnages principaux dans la nuit. Tourné en 1962, on finit presque par se demander si la scène finale (travelling énorme sur 3 kilomètres au milieu de baraquements sur un enfant qui court) ne serait pas un pendant nippon aux 400 coups, puisqu'elle met en scène le désespoir d'un gamin, témoin de tous les meurtres, qui tente d'échapper au monde violent et absurde des adultes.
J'ai hâte de voir Visage d'un autre que j'ai trouvé miraculeusement hier, le fruit de leur troisième collaboration.