Visitor Q de Takashi Miike - 2001
Je n'en reviens pas ! Je m'attendais tellement peu à ça que je reste sur le fondement devant une telle chose. J'aime bien Miike, voyez-vous, parce qu'il pratique, pour le meilleur et pour le pire, un cinéma impur, sale, rugueux, revendiquant un mauvais goût qui fait souvent merveille. Miike, pour moi, est de la trempe des Pasolini ou des Von Trier (toutes proportions gardées quand il s'agit de l'intelligence du propos), un vrai provocateur, un cinéaste très conscient de la force intrinsèque des images. Certes, on n'atteint pas la puissance politique des Idiots par exemple, mais quand même, voilà du cinéma couillu et se situant délibérément en-dehors de tout chemin tracé.
Eh bien si vous aussi vous aimez ça, vous ne serez pas déçus par Visitor Q. Ce film est réellement choquant, et pourtant Dieu sait qu'il m'en faut beaucoup. Miike reprend le thème de Théorème de Pasolini, en l'inversant et en le dévoyant. Un type mystérieux s'installe dans une famille tout ce qu'il y a de plus normale : la fille fait la pute et fait payer les passes à son père ; le fils frappe sa mère avec un arsenal de fouets ; le père est un éjaculateur précoce frustré et producteur de télé-réalité ; la mère est une femme soumise qui fait aussi de temps en temps la pute pour trouver un peu d'amour. Bon, normal. Donc, le mystérieux type en question fracasse un jour le crâne du père avec
un gros caillou, et celui-ci (le père, pas le caillou), reconnaissant, l'invite chez lui. A partir de là, la famille va s'assouvir et s'épanouir dans sa morbidité. Au programme, hectolitres de lait qui jaillissent des seins de la mère, qui se sent enfin devenir une mater ; viol, meurtre, nécrophilie, cannibalisme et découpage de cadavres pour le père, qui se découvre une passion pour le bricolage en même temps qu'un amour pour sa femme ; et (plus calme) assagissement du fils qui décide enfin de se mettre aux études (après que son père ait coupé en deux le crâne de ses camarades tortionnaires). Chaque personnage se révèle au contact de l'invité. Mais au contraire de Pasolini, où chacun se découvrait saint ou sensuel ou mystique, ici la révélation est, disons, je ne trouve pas le mot, immonde.
Rien ne nous est épargné : tout ce qui concerne la raideur
cadavérique, l'éjaculation, la merde, le sang, etc. intéresse Miike. Il filme tout ça à la manière du Dogme danois, en caméra vidéo, salement, horriblement, frontalement. Il teste le regard de son spectateur, va jusqu'au bout, ne recule jamais devant le mauvais goût. Et je vous promets que ça fonctionne : le coeur au bord des lèvres, on rigole pourtant franchement, tout en s'inquiétant quand même de l'immense perversion qu'il peut y avoir à faire un tel film. Une expérience limite, à tenter, tant on se rend compte qu'il y a encore des artistes assez gonflés pour pondre une telle aberration. Pas eu un tel choc de dégoût depuis le Salo de Pasolini (décidément la référence de ce film). Mon copain Shang va m'insulter.