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15 août 2026

LIVRE : Thérèse Raquin d'Emile Zola - 1867

Vous en voulez, du réalisme, du caniveau, du sordide, du concret, du détail horrible ? En voilà, nom de d'là ! Archétype de la "manière Zola", Thérèse Raquin va flirter dans le plus nauséabond, dans la crasse des impasses sordides et de l'âme humaine, nous présentant une tragédie moderne de la plus belle eau saumâtre. Victimes d'une société bien-pensante qui les écrase et qui les mène tout droit aux enfers, Thérèse et Laurent, les deux amants assassins du livre, sont-ils réellement coupables des extrémités dans lesquelles ils tombent ? Oui, selon l'opinion publique, selon Dieu, selon le regard superficiel du lecteur ; mais non, si l'on suit le parcours désolant de cette pauvre jeune femme mariée malgré elle à un garçon sans charme, enfermée dans une sombre mercerie sans jour dans cette impasse parisienne, coincée entre une belle-mère trop présente et un mari fade, condamnée à une vie monotone et fausse. Pour s'en sortir, Thérèse n'entrevoit comme solution que l'assassinat de son mari, aidée par son amant Laurent, épais garçon épris d'érotisme, de confort bourgeois et de flemme. Ils passeront bien à l'acte, mais ce sera le début de l'enfer dans l'âme de ces deux damnés, qui vont peu à peu se déchirer dans la culpabilité, la terreur d'avoir tué, le remords, le désamour. Une histoire de sexe et de mort, qui ne peut de ce fait que finir dans la tragédie. Il faut que l'Homme paie pour ses crimes, et les deux criminels paieront le prix fort, dont le moindre sera sûrement de se rendre compte qu'ils ont tué pour rien, que leur meurtre n'aura rien arrangé et surtout pas leur passion. 

 

Avec un sadisme total, Zola plonge ces deux amants dans le pire de la vie. Depuis le départ, assez ironique, où il décrit la trivialité de ces deux destins misérables, il prend un plaisir malin à opposer à ses deux "héros", à ces deux idiots, toutes les avanies qu'il peut. Sa vision de la vie est un cauchemar : qu'on soit d'un côté ou de l'autre de la barrière du crime, l'existence est une chienne, une suite d'actes sans sens, une succession d'actions uniquement guidés par les conventions, de pathétiques moments sans charme nous menant tranquillement à la mort. Au jeu du sordide, l'auteur est le champion toutes catégories : Zola développe tout un champ sémantique de la mort, de la putréfaction, de la décomposition, qui va de paire avec l'immoralité des personnages, leur laideur. Il y a notamment un chapitre sur les Parisiens venant contempler hilares les corps des noyés à la morgue, qui est assez voisin du poème de Baudelaire sur le cadavre. Formidable exercice de style, tout comme le sera la longue description des nuits de Thérèse et Laurent hantées par le fantôme de l'homme qu'ils ont tué, énorme cauchemar d'une horreur totale. A la manière d'un peintre impressionniste, il décrit un Paris fantasmagorique, parfois à deux doigts du fantastique voire du Grand-Guignol, par petites touches de pinceau génialement tournées. La pornographie de la mort, voilà un peu comment on pourrait résumer ce livre, qui plonge les deux mains dans le sang, les chairs, les âmes damnées. Le plus désolant est que ces destins ne sont que le résultat d'un déterminisme social délétère, qui condamne d'entrée de jeu les êtres comme Thérèse et Laurent. Pas étonnant qu'il ait fait scandale à l'époque : c'est un véritable blasphème. Et un roman génial, que je n'avais jamais lu, et qui vient de me cueillir comme s'il avait été écrit d'hier. 

Commentaires
M
Moi aussi, l'année dernière, il m'a cueilli, le salaud. <br /> Du roman, du bon. De la littérature et de la meilleure, de quand la littérature française était le modèle où puisait l'américaine et les autres. <br /> Car Thérèse Raquin, la Bête humaine, et consorts, ce sont les mères du roman noir, du Facteur sonne toujours deux fois, d'Assurance sur la mort, de Kawabata, et d'une foule d'autres....
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1
Totalement d'accord avec Mitchraker, ce roman d'une noirceur inouïe, préfigurera le "genre noir". De plus, il annonce l'immense fresque naturaliste à venir : les Rougon-Maquart. <br /> "Madeleine Férat", successeur de "Thérèse Raquin", est également un incontournale, selon moi, naturellement...
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