Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček - 2026
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Mon comparse se détend avec les Minions, mais moi je suis un homme un vrai, un qu'a pas peur, alors il me faut mon film gore. Ma dose de viscères me sera offerte cet été par ce film réalisé par un petit gars bien prometteur (Vaniček est le responsable du formidable Vermines), qui se voit aussi obéir, dès son deuxième long-métrage, à une commande de franchise hollywoodienne, ce qui n'est jamais bon signe : tant de talents en devenir se sont perdus dans la machinerie commerciale américaine. Eh bien disons que dans le cas qui nous occupe, la singularité et l'invention de Vaniček ne se sont pas complètement effacées derrière le cahier des charges, même si tout ça n'est pas complètement satisfaisant non plus. Quel est-il, d'ailleurs, ce cahier des charges ? Evil Dead de Sam Raimi était un film amateur, fort justement par la simplicité de son scénario et par le côté hasardeux de son style, entre horreur gore et farce délirante ; mais difficile de définir ce qu'il y a de commun entre les trois premiers volets, tant le film d'horreur artisanal du début s'était transformé en épopée cartoonesque. Evil Dead Burn n'est donc pas un remake, pas une suite, pas une variation autour, et on se dit qu'il est même bizarre d'avoir accolé un tel nom à ce film qui n'a à peu près rien à voir avec les motifs de la série. A la rigueur on pourra reconnaître la maison isolée, le Livre des Morts à la mords-moi-le-jonc, le mélange entre horreur et humour, et le jusqu'au-boutisme des idées ; voilà tout.
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Prenons donc ce film en lui-même, et non en regard avec sa lignée. Vaniček est jeune, et à ce titre, il déborde d'envies, d'énergie, d'idées. Rien que pour ça, on aime son film, qui a vraiment du caractère, du chien, et dans lequel, en plus, on reconnait la patte française (et pas seulement à cause des choix musicaux pour le moins audacieux : Brel ou Alain Barrière, il fallait oser), la jeunesse incandescente, l'envie de prouver au monde qu'on est le meilleur. Prises une par une, les différentes séquences sont très inventives : le plan-séquence pour montrer l'héroïne essayant de fuir un massacre dans une petite pièce de la maison, l’éviscération en bonne et due forme à l'intérieur d'une cheminée, le suicide "à répétition" (4 balles dans la tronche) du méchant de service, la scène d'ouverture à base de plantage d'hameçons dans les yeux et d'eau bouillante, l'usage détourné de la débroussailleuse (beurk), tout ça montre un auteur passionné, qui trouve à chaque fois une nouvelle idée (la plus sanglante possible, pour notre bonheur) pour faire exploser les bides ou les têtes et en faire voir à ses acteurs. Très spectaculaire, le bazar vous en donne réellement pour votre argent, sans en passer par les fatigantes séquences habituelles d'explication ou de suspense interminables : il ne s'agit pas vraiment de vous faire peur, mais de vous ensevelir sous l'hémoglobine, de faire dans la démesure. A ce jeu-là, Vaniček est irréprochable, ajoutant même à sa foire aux tripes une actrice dirigée vers une sorte de réalisme très français (l'explosive Souheila Yacoub).
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La partie qualités étant terminée, passons aux défauts, qui sont malheureusement à part égale. Toutes ces idées, aussi nombreuses et originales soient-elles, sont assez mal mises en scène... La plupart des scènes d'action sont assez illisibles, et brouillent tous les repères. C'est un comble pour un film qui voudrait faire monter l'angoisse avec la possibilité du danger dans tous les coins de la maison (personnage principal du film dans les premiers Evil Dead, ici très mal rendue). On ne sait jamais où on est, où sont les monstres, ce qui rend le film presque abstrait... et du coup pas du tout effrayant : si les méchants sont immortels et omnipotents, ils cessent d'être inquiétants. Mal monté (le gars rate systématiquement tous ses jump-scares), éclairé comme un vieux Corman, joué au rabais si on excepte sa protagoniste principale, Evil Dead Burn se borne à être un feu d'artifice un peu vain, qu'on peut regarder par séquence, mais qui n'arrive pas à former un tout cohérent. Difficile d'ailleurs d'accorder ensemble la scène d'ouverture, le corps du film et les scènes post-générique : on a l'impression d'un film à sketches. A trop vouloir être dans l'hommage à la série, dans le méta (nombreux clins d'oeil à Massacre à la Tronçonneuse), dans la distance (pas mal d'humour mais qui tombe un peu à plat la plupart du temps), tout en voulant rester fidèle à soi-même, Vaniček se perd et nous perd. Il y avait de la place pour faire un film vraiment sulfureux et moderne ; on n'aura droit qu'à un habile jeu de massacre certes impressionnant et agréable, mais qui passe à côté du grand film visé.
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