Dry Leaf (Khmeli potoli) (2025) de Aleksandre Koberidze
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Le Géorgien Khvicha Kvaratskhelia sera-t-il ballon d'or cette année ? Franchement, certains pourraient se dire que la canicule a bien fini par me faire péter les plombs... Et pourtant, non, la référence a bien ici toute sa place et ce pour au moins trois bonnes raisons. D'une part, parce que le titre fait référence à une expression footballistique ("frapper en feuille morte") qui rend d'une sorte de "shoot" fatal - référence d'ailleurs avouée par Koberidze lui-même. Serait-ce à dire que le cinéma d'icelui, malgré son apparence quelque peu languissante (plus de trois heures de film à filmer en grande partie la nature...), finirait systématiquement par atteindre son but (en nous faisant découvrir les beautés cachées d'icelle) ? C'est en effet une piste sur laquelle il pourrait être bon de revenir. Deuxio, Koberidze ne cache point son attachement au football, sport populaire qui finit par toucher toutes les classes de la population (en dehors peut-être des libraires, je dis pas) : on battra ici la campagne à la rencontre de nombreux jeunes gens qui s'adonnent à ce divertissement (le seul, le dernier ?). Et comme tertio, son film s'attache à faire découvrir par l'intermédiaire de son héros, à la recherche de sa fille, journaliste sportive, une foultitude de terrains de football (que cette dernière s'est donnée pour mission de photographier pour un magazine), on peut que dire que cette petite phrase d'intro ne va aucunement dans le mur mais bien plutôt droit au but. CQFD.
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Un homme, donc, à la poursuite de sa fille. Une œuvre toute familiale, pour montrer, tout bonnement, le plus simplement du monde, tout l'attachement de l'un à l'autre ? Quand on sait que c'est le père Koberidze qui incarne le héros, qu'il est donc filmé par son fils Aleksandre (à l'aide de son piètre Eriksson de 2008 - j'aurais dû garder mon téléphone à clapet, bon sang !) et enregistré par le brother de ce dernier (en charge également de la musique), on peut en effet doublement estimer qu'il s'agit d'une entreprise et d'une aventure cinématographique avant tout familiale. Bien, mais quel est le véritable fil rouge, nom de de nom, venons-en au fait ! Eh bien on l'a déjà dit, si vous suiviez, c'est l'histoire d'un homme qui va sillonner les petites routes géorgiennes, tomber sur des terrains de football, croiser des jeunes, des simples gens du peuple, des paysans, mais aussi parfois des proches ou des connaissances, poser des questions pour voir s'ils ont vu sa fille, s'arrêter au bord d'un trou d'eau, d'une cascade, observer les animaux (chiots, ânes, chevaux, vaches, porcinets, que sais-je encore ?), rêver aussi parfois, mollement penché sur sa portière, regarder les arbres frémir, aussi, arbres qui ne sont d'ailleurs jamais à l'abri de perdre leurs feuilles mortes filmées ici ou là à même le sol... La boucle est bouclée, ça ne vous suffit point ? Il faut bien reconnaître que c'est le genre de film quelque peu hypnotique, devant lequel on prend plaisir à se perdre ou à s'endormir (pour se mettre alors soi-même à rêver du film). Je conseillerai pour ma part de le voir en roulant, oui, en conduisant même (on est dans une veine définitivement kiarostamienne) comme pour mieux en ressentir l'effet physique. L'image, ultra-pixellisée, voire floue, permet d'une certaine façon de mieux se fondre dans cette nature qui nous est donnée trois heures durant en pâture. Koberidze, d'une image à l'autre, souvent, se plaît à associer des formes géométriques, comme pour nous révéler les secrets invisibles de cette nature, et nous en montrer aussi toute l'harmonie. C'est une quête un peu lancinante que celle de cet homme, mais une expérience, pour le spectateur, somme toute gratifiante, tant l'on finit, je vous promets, par frémir au diapason de ces arbres agités en continu par le vent (ou peut-être que je ronflais, aussi, c'est possible). Un cinéma certes exigeant mais qui vous permettra ensuite d'affirmer sans ambages que vous connaissez la Géorgie comme votre poche, que vous en avez foulé chaque recoin (le fait, je peux finalement livrer une des petites subtilités de la chose, d'invisibiliser de bout en bout le compagnon du père, permet encore plus facilement de se projeter dans le film), que vous en connaissez chaque paysage, chaque fleur, chaque cage en bois. Un avant-goût ultra rafraichissant de la douceur paisible de l'automne. Ce n'est pas rien.
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