A Dedicated Life (Zenshin shôsetsuka) (1994) de Kazuo Hara
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Et si on se penchait un peu en détails sur les quatre dernières années de ce fantasque écrivain nippon qu'est Mitsuharu Inoue. Comment ça, vous n'avez jamais rien lu de lui et n'en avez strictement rien à foutre ? Bon, moi non plus, j'ai rien lu,, mais on peut toujours se pencher, non ? La caméra inquisitrice de Hara (filmera-t-on cette fois-ci un accouchement en direct, une baston entre vieux de la vieille de la seconde guerre mondiale ?... Non, rien de ce genre ? Comment ça "pire" - oui, pire...) suit notre homme aussi bien lors de ses cours (il aime à prodiguer des conseils à des écrivains en herbe - il le fera d'ailleurs jusqu'au bout du bout), de ses conférences, qu'elle le filme lorsqu'il est entre proches, avec sa femme, ou encore à l'hôpital. Car oui, notre écrivain un rien déluré (il se lance devant ses amis dans un spectacle de strip-tease où le bougre ne perd pas que la face - aussi son slip, donc), notre type à l'égo quelque peu développé (il t'envoie paître notamment un jeune gars comme une merde devant tout une assemblée) va, au cours de ce reportage, tomber gravement malade : cancer du foie, puis des poumons... Tentant jusqu'au bout d'y croire, notre homme ne cessera en rien ses diverses activités - s'illusionnant quelque peu sur l'avancée pourtant de plus en plus farouche du crabe.
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On découvre (disons-le franchement) à la fois un homme à femmes (ses apprenants, adultes, sont à la fois des adeptes de l'homme, des fans, mais aussi, souvent, ses maîtresses... Il a le droit, tant que...), un homme assez intransigeant sur l'écriture, mais aussi un "pur écrivain" qui, avant de créer des fictions, a pris soin d'inventer sa propre vie. On découvre ainsi au cours du reportage que le type, aussi bien par rapport à ses parents que sur son adolescence, ses premières amours, ment comme un arracheur de dent, notre homme semblant se cacher volontiers derrière sa propre petite mythologie : son autobiographie semble émaillée de mensonges - mais quel écrivain, finalement, n'a pas eu tendance à vouloir, sous sa propre plume, se réinventer ? Un menteur, donc, patenté, "dévoué" à son art et à son enseignement... mais aussi aux femmes qui témoignent ici étonnamment ouvertement (il est marié, par ailleurs, le bougre) des liaisons qu'ils eurent avec leur mentor... Un type pas forcément sympathique à tout prendre mais qui forcément redescend au niveau du commun des mortels lors de son combat contre la maladie... Cet enfoiré d'Hara nous donne à voir ici sa première opération in extenso (et croyez-moi, l'ablation de 850 grammes de foie est pire que tous les films d'horreur réunis) et quand on retrouve quelques heures plus tard notre homme vivant, assez bien portant, on se dit que l'être humain (qui vient d'être opéré littéralement à capot ouvert) est résistant... Alors oui, pas immortel non plus... Inoue, face à cette maladie, sait rester relativement digne, ne cachant pour autant en rien sa volonté de durer au max (il commence à prendre des médocs chinois... comment dire... un peu suspicieux quant à leur efficacité) et évoquant volontiers sa peur de la mort (mais bon, à part Michel Drucker et Highlander qui ne partage pas cette position ?). Tout cela mit bout à bout nous donne à voir un type pour le moins complexe, parfois certes un peu irritant par ses postures et son narcissisme, mais diablement humain par ses multiples faiblesses et autres petits arrangements avec la vérité... Inouï ? Non, juste Inoue, mais c'est déjà pas mal.
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