Une Partie de plaisir de Claude Chabrol - 1975
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Très beau cadeau que Chabrol offre à son éternel ami et scénariste Paul Gégauff : un film, tout simplement, aussi modeste et simple soit-il, qui met en vedette le sieur et ses excès, ses ambiguïtés, son caractère complexe, sa vie dissolue, ses accès de violence et ses provocations adolescentes. Pour comprendre le gars, il me semble que regarder Une Partie de plaisir constitue un moment incontournable (je ne le connaissais pas personnellement, mais ce film est si sincère et honnête qu'on ne peut qu'imaginer que Gégauff était tel que décrit là-dedans). Il y a en tout cas une sorte de masochisme, de pessimisme latent, qui pousse notre homme à se vautrer dans la gadoue avec complaisance, qui marque indéniablement la rétine. Résumons : Philippe (Gégauff himself) vit heureux avec sa femme Estehr (Mme Gégauff herself) : enfant blonde (Gégauff junior herself), amis rigolos et intéressants, train de vie bourgeois, ça pourrait être parfait. Mais voilà que Philippe, par ennui, par peur de la lassitude, propose à sa femme de vivre "librement", c'est-à-dire en s'octroyant des aventures extra-conjugales si l'occasion se présente. Un peu pour le provoquer, un peu pour le prévenir, Esther couche le soir même avec un autre. C'est le début d'un engrenage qui va pousser le couple jusqu'à des extrémités bien dommageables, mélange de jalousies, de dégoût de soi-même, de domination masculine, de frustrations.
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Auto-portrait donc en mâle moderne qui ne comprend pas ses sentiments et joue avec le feu, Une Partie de plaisir décortique le couple bourgeois avec une cruauté encore plus forte que dans les autres films signés Gégauff/Chabrol. Parce qu'il est cette fois-ci dénué d'humour, l'aspect acerbe et ricanant est encore plus prégnant. Mais le fait que les Gégauff interprètent eux-mêmes les rôles augmente encore le côté violent. Il s'avèrent d'ailleurs excellents comédiens : lui, malgré ses tares de plus en plus délétères se révèle un être attachant, complexe, charmeur, capable de grands moments romantiques ou de violences incontrôlables ; elle, dans son opacité et son masochisme, est un formidable personnage tout de mystère. Le tout baigne dans une lumière chaleureuse, qui rappelle Le Bonheur de Varda, et qui rend plus violent l'engrenage qui s'empare dans lequel s'enfonce ce couple sans histoire, qui à partir d'une simple phrase, d'une simple idée mal définie, d'un simple moment d'ennui plonge dans le chaos. C'est vrai que le film est parfois un peu trop explicite, qu'il avance sans masque et peut paraître simpliste. Pour moi, il m'a semblé le sommet de ce qu'ont cherché à faire le cinéaste et son scénariste depuis toutes ces années : un jeu de massacre presque punk de la sacro-sainte institution du couple, du mariage, du confort, de la bourgeoisie. Cette fois, ils le font frontalement, sans aucun filtre, même si Chabrol se montre pour le coup assez inventif et pudique du côté de la mise en scène. Un film déplaisant, mais qui m'a plu.
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