La Vénus électrique (2026) de Pierre Salvadori
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Peut-on faire un bon film avec Pio Marmaï et Gilles Lellouche ? Comme ça, au débotté, j'ai envie de dire non. Le problème étant qu'à la réflexion j'ai toujours envie de dire non. Rien d'effrayant dans le jeu des compères, l'un tout en chien fou, l'autre tout en bougon tendre comme de la mie, juste qu'il n'y a jamais aucune nuance, que tout est toujours un peu trop surligné, qu'on les voit jouer quoi... Anaïs Demoustier, pour laquelle j'ai généralement moins de réserve que mon compère, joue ici étrangement comme Audrey Tautou dans Hors de Prix (film que je connais par cœur (pour des raisons que je n'avouerai point) et sur lequel je reviendrai d'ailleurs), comme si Salvadori s'était plu à la diriger de la même façon, avec les mêmes intonations, le même phrasé. Bon, mais attaquons-nous au film : l'histoire, avouons-le, n'est pas si mal pensée ; un peintre (Pio), désespéré, consulte par hasard une voyante (Anaïs remplace, ce soir-là, la véritable voyante) qui rentre en contact (prétend-elle) avec la femme (Vimala) qu'aimait follement Pio. Pio y croit à fond, renoue l'expérience avec Anaïs toute contente d'arrondir ses fins de mois et se remet à peindre... Le galeriste de Pio (mon Gilou) sent qu'Anaïs est une entourloupeuse mais encourage celle-ci à continuer à jouer son rôle - puisque son poulain a repris goût à la vie et s'est remis au travail. Il donne à Anaïs des indications sur la vie de Vimala, ce qu'Anaïs complète en lisant les cahiers secrets d'icelle... Cette lecture révèle certains secrets cachés... Entre Pio et Anaïs, plus ils se voient, plus l'ambiance devient électrique...
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Lellouche en Cyrano d'occase, Anaïs en actrice de plus en plus crédible dans le rôle de la personne à laquelle elle redonne vie, Pio en artiste inspiré autant par l'amour que par des conseils avisés... On ne peut pas dire qu'il n'y ait pas de grain à moudre dans cette rom-com "historique" (une foire du début du siècle dernier, quelques bagnoles vintage et c'est emballé) assez ambitieuse sur le papier. Salvadori mêle assez savamment les flash-back (lors de la lecture du journal intime de Vimala) au présent (Anaïs reprend goût à la vie en "ressuscitant" en quelque sorte Vimala et redonne du même coup vie à Pio)... C'est assez malin aussi bien au petit jeu des sentiments que sur celui du jeu de "l'actrice" Anaïs : jouer lui redonne non seulement une raison de vivre mais elle transmet également cette passion à un autre. Des imbroglios sentimentaux (le Gilles aura aussi son mot à dire) et des "feintes", des "mensonges" qui peuvent avoir des conséquences aussi exaltantes que destructrices. Mais voilà, ma bonne dame, on peine à vraiment rentrer dans ce petit jeu. Est-ce dû au jeu des acteurs (seuls Kervern et Vimala semblent vraiment à l'aise), au sentiment que Salvadori reprend un peu trop certaines ficelles de ses anciens films (Hors de Prix en tête, donc : la façon dont Irène (prénom usité dans les deux films avec une Demoustier en sosie de Tautou au niveau du jeu disais-je) ouvre la chemise de son amant, la scène au resto où la femme invitée ne sait que prendre, le jeu des regards pour faire semblant d'être amoureux...) ou tout simplement parce que c'est un peu trop long, que ça manque de rythme et que les scènes dites burlesques (ce pauvre Pio dans toutes les positions) sont un peu poussives, guère subtiles ? J'ai toujours eu un petit faible pour Salvadori (associé au fidèle producteur Philippe Martin) mais je dois avouer que le courant, cette fois-ci, n'est pas totalement passé. Rien de déshonorant, non, juste le fait que je n'ai point eu d'étincelles devant cette machinerie aux effets un peu trop voyants. (Shang - 14/05/26)
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Un couple s'embrasse : lui fait semblant de croitre qu'il fait un baiser à une femme morte réincarnée dans une voyante de pacotille ; elle fait croire que ce n'est pas elle qu'il embrasse ; les deux s'aiment pourtant mais prennent le prétexte d'une morte pour exprimer leur amour. Plus loin : un homme en pleine déprime, résolu à se tuer, est rattrapé in extremis par son ami, qui lui fait des aveux décisifs sur sa vie : le premier est figé dans une chute éternelle, à quelques centimètres du crash, pris comme un ange tombé du ciel ; ça rappelle aussi bien le tableau de Rubens (La Chute d'Icare) que la première scène où on a fait connaissance avec lui, emmêlé dans des câbles. Plus loin : une fille fantasme la vie d'une femme morte, elle tire le rideau de sa chambre, et aussitôt, en fondu-enchaîné apparaît la fameuse femme, comme sur l'écran noir de ses nuits blanches. Plus loin : la sensibilité et la vue de ces deux femmes tendent à converger, si bien que passé et présent se confondent dans une salle de restaurant où tout devient poreux, le temps, l'espace, la notion de flash-back s'efface. Plus loin : une femme trahie s'en va sous la pluie, vue par son amant dévasté ; on aura plus loin le contre-champ de ce plan : la femme sourit. Plus loin : le dernier geste d'une femme qui va mourir ; sa main alors qu'elle descend les escaliers s'efface peu à peu. Voilà quelques exemples de trouvailles géniales de mise en scène dans ce film qui, je l'avoue, m'a ébloui. Oui, un film de Salvadori, qui m'a toujours laissé plus ou moins de marbre, avec Gilles Lellouche, qui m'a toujours laissé plus ou moins de marbre, m'a ébloui.
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Il y a dans cette comédie tragique, dans cette tragédie comique, un sens incroyable de la mise en scène, dans le sens le plus pur qu'on puisse donner à ce terme : elle guide les personnages, les sentiments, la narration, et la forme, ici, transcende amplement un fond finalement très léger et sans importance. Salvadori, avec une élégance et un clinquant qui rappelle les grands cinéastes américains (Wilder, Lubitsch, Capra, Allen), fabrique une comédie délicieusement sophistiquée, à laquelle il est difficile de croire : le dernier plan verra les comédiens saluer comme au théâtre, et personne ne tente de duper le spectateur. On est dans l'amusement, dans l'artifice (ce que le contexte de fête foraine, avec tous ses trucages, induit dès la première scène), dans une histoire qui ne s'embarrasse pas de crédibilité. Mais ce qu'on perd en véracité, on le gagne ô combien en profondeur. Salvadori jongle avec génie entre comédie marivaudienne et drame shakespearien, entre amusement et mélodrame : on est plus d'une fois retourné comme une crêpe au sein d'une scène qui peut d'une seconde à l'autre virer au drame ou à la comédie, et on croise là-dedans autant la satire à la Molière que les noirs sentiments à la Roméo et Juliette (la fin...). Cette aisance dans le maniement des registres bluffe complètement, le scénario est redoutable (malgré une ou deux longueurs, oui, bon), d'un raffinement cruel. Surtout il joue avec beaucoup d'habileté entre les temporalités, les faux semblants, les déguisements : chacun joue un rôle, fait semblant d'être quelqu'un d'autre.
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Mais je le redis : le vrai éblouissement vient de la mise en scène. Constamment inventive (je ne vois pas une seule scène qui ne comporte son petit détail excellent), elle vous emmène peu à peu vers un brouillage complet des temporalités du récit. Si au départ, le récit de la vie de ce petit couple (Marmaï / Pons) est raconté assez classiquement, Salvadori va peu à peu inclure les flash-back dans le présent, si bien qu'on est dans un entre-deux temporel fascinant. Pour mieux exprimer cette dualité entre passé (Pons) et présent (Demoustier), il multiplie les plans scindés en deux, séparés par une cloison, un écran, un "traitement d'image" différent, tout le jeu des acteurs étant de parvenir à passer d'un univers à l'autre, de traverser le miroir. D'où cette sublime séquence où le corps même de Demoustier embrassé par Marmaï sert de "médiateur"entre passé et présent, de cloison entre les deux mondes... alors que c'est bien à la surface que tout se joue : les deux s'aiment sans le savoir. Bon, c'est un festival, franchement, une vraie démonstration de virtuosité qui a la politesse de se cacher derrière la légèreté. J'ajoute que les acteurs ne déméritent absolument pas et sont même plutôt drôles (bon sang, à part Kervern, on ne sera jamais d'accord sur les acteurs avec Shang : il est figé (regardez ses bras), terrifié par la caméra). Bref : La Vénus électrique est une merveille. (Gols - 19/05/26)
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