Canalblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Shangols
REALISATEURS
GODARD Jean-Luc 1 2
OPHÜLS Marcel
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
11 juin 2026

Cocotte (Kota) (2025) de György Pálfi

Si j'aime beaucoup les films sur les vaches, je n'en aime pas moins les films sur les poules. Et György Pálfi, disons-le, nous régale avec cette oeuvre aussi originale que trépidante. Il aura fallu pas moins de huit poules pour incarner l'héroïne mais dans l’œil de chacune d'elles brille plus d'émotion que dans tous les regards de Gilles Lelouche (Après Léa Seydoux, c'est devenu une nouvelle obsession). J'exagère à peine. On se demande franchement quelle idée a pu germer dans l'esprit du cinéaste pour avoir l'envie saugrenue de filmer une véritable poule à l'ère du numérique ; mais le rendu est tellement beau (comment fait-il ? Y-a-t'il tout de même des trucages, des effets invisibles ?) qu'on en applaudit des deux ailes. Après une introduction qu'on pourrait qualifier de quelque peu "industrielle" (l'élevage de poule, cette autre école de la standardisation) mais qui nous permet de bien comprendre, tour à tour (photogrammes ci-dessus l'illustrant), que c'est bien la poule qui a fait l’œuf... puis l’œuf qui a fait la poule, on va suivre à la trace notre héroïne, petit mouton noir s'étant extrait miraculeusement du flux, de cette usine. Une vie de poule, c'est nul, ennuyeux ? Détrompez-vous : avoir des poussins de nos jours relève du parcours du combattant...

Notre poule va très tôt se rendre compte que la vie en dehors de ces quatre murs est un fléau : non seulement le renard est un loup pour la poule mais l'homme n'en est pas moins dangereux en terme de prédation... Après moult aventures, elle trouvera enfin un peu de repos. Mise en cage, ayant croisé le chemin d'un coq qui, lui, en a vite fait le tour, notre poule va avoir dès lors une obsession : couver un œuf. Pas facile quand chaque jour que Dieu fait son proprio vient se saisir de son œuf... Une seule façon de s'en sortir s'offre à la poule : fuir et trouver un endroit safe pour enfin pouvoir couver tranquillement ce putain d'oeuf... Elle est astucieuse mais devra faire face à toutes sortes de problèmes inattendus... Elle croisera ainsi la route de mafieux faisant le trafic de migrants, un trafic dans lequel notre pauvre poule va se retrouver, malgré elle, mouiller jusqu'à la crête. Car oui, l'arrière-plan n'est jamais totalement négligé par le cinéaste qui montre de multiples combats en parallèle dans notre monde de brutes...

Entre la capacité à suivre le rythme de notre poule (pépère quand elle picore en route, météorique lorsqu'elle est en danger), celle à capter ses regards (courroucés, souvent, étonnés, parfois, intéressés, aussi) et celle qui consiste à multiplier les rebondissements, avouons que le cinéaste réussit là un véritable tour de force. Certes, il dope sans doute un brin son scénario pour faire de cette poule un personnage... passionnant (maladroite, elle l'est pourtant, cette anti-héroïne jamais à l'abri de provoquer des catastrophes avec ses conneries) - on se dit que toute vie de poule n'aurait sans doute pas été aussi palpitante, on se dit - mais ces petits excès de zèle ne gâchent en rien le plaisir que l'on prend à cette folle aventure menée tambour battant (et qui bat un œuf, omelette aura, c'est connu) ; il se permet même quelques petits morceaux musicaux en tout point remarquables (magnifique, cette utilisation du Boeuléro de Ravel) et livre une sorte d'ovni filmique animal qui ne tombe jamais à plat. Bref, vraiment emballé par la chose : oui, on peut dire que l’œuf a la cote.  (Shang - 18/05/26)

 

__________________________________

 

Excellente, cette escapade volaillère. Avec très peu de mots, des situations toutes simples, une comédienne dotée d'une seule expression et d'un vocabulaire somme toute limité (la poule : cot), Pálfi parvient à dépeindre toute une gamme d'émotions, toute une aventure très mouvementée, à parler d'amour, de maternité, d'affection, de survie, voire même, allez, de politique. Comme dans EO de Skolimowski, c'est la candeur du regard animal qui est important ici : le monde est plein de soubresauts, de malheurs et de violence, mais notre amie la poule n'en est qu'un témoin extérieur, ou une victime innocente. L'absence de jugement rend son regard un peu effaré légèrement triste sur l'état du monde, mais tout de même indifférent. Pour elle l'existence se réduit à ce seul but : pondre un œuf et s'en occuper. Elle peut traverser le chaos, cramer à moitié, déclencher des morts et des bagarres (cette poule n'a pas de pot), elle s'accroche à son objectif, et cette ténacité autour d'un motif aussi simple rend tout ça à la fois drôle et émouvant. Pálfi n'est pas un manchot à la mise en scène, rendant tout ça extrêmement fluide, compréhensible, "logique" même pourrait-on dire, et son sens de l'humour, des situations, sa mesure dans son regard sur les humains (aucun manichéisme là-dedans) fait le reste. On aime l'aspect artisanal de la chose, la petitesse du sujet qui rappelle le mémorable Hic du même réalisateur (il faudrait que je le revoie, tiens), le côté amateur, surtout dans un si bel écrin (photo magnifique, cadres parfaits), et cette petite poule noire reste en tête durablement. Oui, on peut dire que l'effet de l’œuf dure.  (Gols - 11/06/26)

 

Commentaires
Derniers commentaires
Cycles
Cycle Collection Criterion 1 2 3 4 5 6 7
Cycle Cinéma Japonais 1 2 3 4 5 6 7
Cycle Festival de Cannes 1 2
Cycle Western 1 2 3
 
 
Best of : 60's     70's      80's      90's      00's      10's
 
Ecrivains