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3 avril 2026

Onna de aru koto (1958) de Yûzô Kawashima

C'est toujours avec un petit cri de jouissance à peine contenu que l'on découvre un nouveau film de Setsuko Hara. La divine Setsuko tourne ici avec le prolifique et plutôt doué Yûzô Kawashima (vous ne connaissez pas Le Temple des Oies sauvages ? Mais pourquoi je vous parle encore ?) et forme un couple parfait avec le charismatique (mais rarement gai comme un pinson, c'est vrai) Masayuki Mori. Ce couple, sans enfant (on y reviendra - ou pas, en fait), a adopté sur le tard une jeune femme, la sage Taeko (Kyôko Kagawa), dont le père, en prison, est défendu par Mori. A l'image de ce petit oiseau chantant doucettement dans sa cage (...), tout le monde semble vivre plutôt gaiement dans cette douce maisonnée. Mais nos trois habitants vont vite voir leur vie chamboulée par l'arrivée de la tornade Sakae (Yoshiko Kuga... mais si, cette actrice avec ce délicieux grain de beauté sur le nez), autre jeune fille de l'histoire, beaucoup plus exubérante... Une arrivée au sein d'un ménage digne de celle, des plus perturbantes, d'un célèbre héros pasolinien ? Vous pensez bien que j'y ai pensé...

Et si, derrière ces petits sourires au quotidien que chacun s'adresse tendrement, se cachaient des personnages à jamais renfermés dans la cage de leur émotion (j'aurais pas mieux au niveau réflexion à vous proposer aujourd'hui, je vous le dis franco) ? Car l'arrivée de cette pimpante Sakae, pleine d'amour pour Setsuko, pleine de dévotion pour Mori, pleine de... morgue pour Sakae, va rapidement mettre chacun en danger, ou tout du moins sortir chacun de sa zone de confort... Le gars Mori, plein de morgue et de sérieux, se révèle, les jours passant, de moins en moins insensible au charme de cette petite qui n'a pas la langue dans sa poche, la gâte Taeko, remuée par cette présence virevoltante qui la prive de la relation privilégiée qu'elle avait jusque-là avec Setsuko, finit par sortir de sa réserve en se décidant à cohabiter avec son amoureux d'étudiant, quant à Setsuko, l'arrivée de cette jeune fille fougueuse, va d'une certaine façon raviver son amour secret pour un homme qu'elle recroise (est-ce vraiment un hasard ?) dix-sept ans plus tard... Notre trio, peu à peu, se retrouve en équilibre et devra faire face à des choix (sentimentaux) de plus en plus cruciaux... Sakae, pleine d'énergie, butine de l'un à l'autre, sans sembler penser aux conséquences de ses actes... Qui sera le grand perdant dans ce quatuor de plus en plus désaccordé ?

C'est très bien construit, interprété au cordeau, mais il manque un je-ne-sais-quoi, une étincelle, un véritable souffle (bien que le film commence par temps de grand vent...) pour qu'on se laisse totalement emporter, chavirer par cette histoire... Chacun des caractères principaux vacille, semble à deux doigts de flancher - Setsuko rattrapée par son passé, Mori ravivé par cette jeunette, Sakae emportée par un nouvel élan - mais on peine de la même façon à sentir en chacun d'eux une véritable passion, un sentiment violent de changement. Tout cela reste un peu dans la mesure, à l'image donc de cette mise en scène très sage, guère exaltante d'un Kawashima bon artisan mais sans plus. Restent, forcément, pour le fan invétéré, les petits sourires contraints de Setsuko Hara, cette soudaine lueur de trouble ou de pétillement qui traverse son regard, ce self-control même dans les moments les plus déstabilisants, et qui suffisent à notre joie. Kawashima, malgré cela, once again, ne nous a pas encore totalement convaincu de son éventuel génie. Un bon petit Kawa, sans nuage de lait.

 

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