Laurent dans le Vent (2025) de Anton Balekdjian, Léo Couture & Mattéo Eustachon
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Les Ricains ont toujours été fans des super-héros aux super-pouvoirs ; les cinéastes français, eux, plutôt des super-losers au super pouvoir de nuire ou de tout simplement échouer... Notre Laurent (Baptiste Perusat, le regard hagard, le cheveu hirsute, parfaitement au niveau de son rôle) est fait de ce bois. Il échoue, après des ennuis qu'on devine moult et variés tant au niveau social que professionnel, dans cette station montagnarde désertée des Orres qui brille surtout par son climat déprimant. Errant, à pied, en mob, il va croiser divers individus qui ne semblent pas vraiment faire partie du monde des gagnants (un jeune photographe marseillais qui traîne son ennui en bord de route, une vieille alcoolo agonisante, Béatrice Dalle (la sagesse de 1000 vies) et son "tugno" (ah, cela n'existe pas... de vagues réminiscences du patois bourbonnais ?) de fils qui, à vingt ans bien sonnés, se baladant de l'aube à la nuit une épée à la main, rêve de fonder une ville viking...). Laurent noue des liens, indéniablement, avec ces personnes chez lesquelles il squatte au besoin, leur apportant autant sa naïveté bon enfant (mâtinée d'un brin d'opportunisme ?) que son vague-à-l'âme de perdant... Va-t-il remonter un jour la pente ou définitivement sombrer dans cette vallée ?...
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On goûte toujours avec un certain plaisir ces petits films qui ne partent de pas grand-chose pour nous emmener on ne sait où, ces premiers films un peu ovni qui malaxent la pâte humaine (l'humanité n'étant pas toujours très reluisante) au milieu de décors immenses : des personnages un peu perdus dans ce monde qui les dépasse plus souvent qu'à leur tour. Si notre gars Laurent ne semble définitivement pas doué pour s'insérer professionnellement (il gère les caprices d'un enfant de façon un peu radicale - de là à lui donner complétement tort... non, pardon, c'est mal), il tente malgré tout de se rapprocher de ses frères humains... Il aime, un peu maladroitement, il s'implique, un peu maladroitement, il espère, un peu maladroitement : on sent bien qu'à chaque fois, dès lors qu'il tente de mettre un peu de foi en l'autre, il risque de ne pas en sortir forcément gagnant... Il n'est pas non plus toujours totalement désintéressé... Une drôle de bête, quoi, instinctive, parfois un peu sauvage, plus souvent apeuré par le poids de son existence... Les trois cinéastes jouent très adroitement aussi bien des silences que de ce décor naturel dans lequel notre personnage principal semble aimer à se perdre ou se perdre à aimer... Un personnage à la trajectoire un peu foireuse à laquelle on finit par gentiment s'attacher. Un premier film d'ailleurs très attachant (ont toujours le nez creux les types de la sélection ACID) qui nous donne une vraie bouffée d'air dans ce paysage cinématographique souvent bien timide. Vraiment pas mal. Une belle promesse d'avenir, dit-il sans se mouiller.
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