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15 avril 2026

Desperate Living (1977) de John Waters

John Waters est-il le chantre du mauvais goût ? Il fait en effet tout pour y parvenir avec une petite pointe d'humour (enfin, plutôt grasse) toute à son honneur. Le film, tiens, fut classé X à sa sortie (n'est plus qu'interdit aux moins de 16 ans en France, on évolue !) et ce n'est point tant, oserions-nous, pour des passages que l'on pourrait qualifier de véritablement pornographiques ou d'érotiques que par le côté un brin provocateur de certaines scènes : s'auto-cisailler la bite alors même qu'elle vient juste d'être greffée puis la jeter dehors en pâture pour qu'aussitôt un chien s'en saisisse, on comprend que la chose put choquer au moins Brigitte en son temps. Waters semble sans limite au niveau de la provoc (oups, le bébé oublié dans le frigo) ou du crime crapuleux (étouffer un type dans la pâtée du chien, ah si c'est glauque) et nous gratifie ici d'une sorte d'anthologie de situations autant ubuesques que décadentes. Au départ, deux femmes en cavale (elles viennent de tuer un homme - étouffé... par des fesses : il s'agit du mari de la constamment énervée Mink Stone et du boss de la rotonde Jean Hill (huit tonnes à vue de nez, neuf en tenue d'Eve, et je pèse mes mots : n'y voyez là aucun sarcasme teinté d'une quelconque grossophobie (à notre époque, on voit le mal partout), tant je reste admiratif des baffes qu'elle peut asséner avec juste un sein !) : elle débarque dans la triste cité de Mortville tenue d'une main de fer par Queen Carlotta, la toute aussi rotonde Edith Massey, et par son gang de flics néo-nazis. Dire que c'est la gabegie à tous les niveaux est l'euphémisme du mois : logements pourraves, personnages dépravés, exécutions sommaires, partouze à tous les étages, c'est un festival d'individus peu recommandables et d'actions bien souvent ignobles. Tout le monde éructe, copule à tour de bras, assassine, et tente de survivre. C'est un carnage.

De la fesse, souvent bien grasse et appétissante (pour les amateurs), de l'orgasme en vitesse, du sang, des coups de feu vengeurs, et, heureusement tout de même, cette fameuse pointe d'humour acide : entre les Monty Python pour le meilleur (la journée où tout le monde doit s'habiller et marcher à l'envers...) et la gaudriole pour le pire (ce costume de catcheuse en forme... de vagin, c'est quand même pas franchement la classe). Bien sûr, on nage en eaux troubles (en trouble waters pour les puristes) pendant quatre-vingt-dix minutes, autant ébaubi par l'audace sans limite du John que souvent agacé par ce casting qui hurle son texte de bout en bout. C'est gros, gras, grossier, sans pincette, c'est tout autant jubilatoire dans le délire qu'affreusement potache dans ses dérives cracra. On s'accouple comme des bêtes, on s'entretue comme des humains, chacun tente à la force du poignet d'arracher un once de plaisir dans cette ville fasciste de punks sans forcément de chien (sauf celui qui a choppé la bite) : c'est la loi du plus fort, du plus retors. Bon, je vais pas faire encore ma mijaurée mais j'avoue préférer les œuvres avec un poil plus de finesse psychologique. Mais reconnaissons tout de même, une nouvelle fois, à Waters cette indéniable capacité à jeter dans la gueule de la société de gros pavés bien lourds qui ne font jamais que reprendre en grand-guignolesque les perversions (plus ou moins avouées) et les excès de notre bien fourbe humanité.

 

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