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13 mars 2026

LIVRE : Née Tissée de Laura Lutard - 2025

Statues jetées à l'eau
sur les réseaux réactions en essai

Le sempiternel
Respect de l'art de l'Histoire valeurs humanistes républicaines

La sidération blanche se déclenche dès qu'on l'effleure
effroi bégaiement
mégaphone à faire saigner les iris et les tympans

 

Laura Lutard n'est pas de ces poétesses perchées qui prônent l'art pour l'art et la petite fleur sur l'étang du clocher de son enfance. Les deux pieds bien ancrés dans la réalité d'aujourd'hui, avide d'en découdre avec elle-même autant qu'avec la société, se servant du verbe et des vers pour exprimer un sentiment qui ne sortirait pas sans eux, elle transforme son recueil Née Tissée en véritable introspection identitaire, doublée d'une attaque frontale de nos atavismes raciaux éternels. La dame est née métisse, à cheval sur la culture martiniquaise et continentale. Et son physique est allé avec : blanche d'aspect, elle ne cesse d'être houspillée par cette identité noire qu'elle cache, qu'elle a cachée du moins pendant des années. mais aujourd'hui, marre, elle s'affirme autant comme noire que comme blanche, et écrit ce livre pour noter les émotions, les faits, les réflexions que lui inspirent cette double identité, et l'erreur qu'elle a faite de vouloir en dissimuler une moitié. Le responsable de ce mensonge par omission qui lui faisait nier son côté "nègre" (au sens qu'Aimé Césaire a donné à ce mot, hein, pas d'attaques wokistes sur ce site !) ? Elle-même d'abord, mais aussi et surtout les injonctions d'une société qui a du mal à occulter son racisme atavique, en tout cas ses a-priori paternalistes. Chacune des pièces de ce recueil aborde un pan de cette culture occidentale toujours sous influence colonialiste.

 

Elle trouve dans ces poèmes quelque chose d'assez magique, un territoire "entre deux" qui devient un lieu douillet, unique, autarcique. C'est la magie d'invocation des mots, qu'elle utilise avec une acuité et une absence de complexe qui fait plaisir. Loin de la poésie éthérée, les mots de Lutard disent ce qu'ils veulent dire, dans un rapport direct avec le lecteur. Très frontal, donc, ce texte a un pouvoir rythmique impressionnant : par-delà leur sens, les poèmes claquent et sonnent comme des morceaux de rap, concrets, directs, droits. Cet aspect rugueux de la colère de l'auteur n'exclut pas une profonde sentimentalité, qui passe aussi quand elle revient sur elle-même, sur cette femme d'aujourd'hui prête désormais à accepter sa "différence". Il y a un bel effet d'aller-retour entre les diatribes envers la société et l’introspection, ente la virulence et la douceur. Parfois, la colère déborde, et ce sont des vers qui vrillent vers la pure forme, le rouge exprimé en vers ; puis elle revient sur elle-même, avec amertume et tristesse, avant de se dresser fièrement, dans les derniers poèmes, et de s'affirmer pleinement. Entre l'allégeance à une poésie peut-être héritée des auteurs du début XXème et la contemporanéité, ce livre fort montre une auteur en pleine possession des moyens de son art, qu'elle met au service d'un "discours" très pertinent. 

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