Nada de Claude Chabrol - 1974
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Chabrol assume enfin son goût pour la politique en réalisant ce film relativement classique autour d'une action révolutionnaire. Il s'intéresse à un groupuscule anarchiste, avec ses gueules et ses codes, qui fomente un fumeux coup d'enlèvement de l'ambassadeur des USA en France. L'un pour des raisons politiques, l'autre par goût de l'action, un autre encore par appât du gain, ces hommes de peu de mots mais déterminés et efficaces vont réussir un coup fameux et faire trembler l’État, la police et les services secrets français, décrits avec volupté et sadisme comme une bande de salopards beaucoup plus violents que les commanditaires de l'enlèvement. Deux violences s'affrontent : celle, clandestine, de ce petit groupe sincère et engagé, contre celle, beaucoup plus fourbe, d’État. Devinez qui va l'emporter, compte tenu du cynisme légendaire du cinéaste ?
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Chabrol, modeste et précis, choisit pour ses bandits une bande d'acteurs impeccables, qui évite le vedettariat à tout prix : Maurice Garrel, Fabio Testi, Michel Duchaussoy, Lou Castel, et la grande Mariangela Melato (qu'il coiffe et costume comme Stéphane Audran). L'hétérogénéité de ce casting favorise l'humanisation de l'équipe, qui, bien que condamnable dans ses actions, bien que peu sympathique, gagne immédiatement notre sympathie. Chabrol nous manipule à merveille, nous mettant du côté de ces activistes armés, nous faisant souhaiter la réussite de leur coup. Leur système de respect mutuel, leurs codes, de leur virilisme usé à leur fascination pour les armes, et jusqu'à leurs postures, tout rappelle un temps ancien des gangsters, comme s'ils faisaient partie d'un monde révolu, comme s'ils étaient des samouraïs. En face d'eux va se dresser une police envisagée comme un monstre impossible à vaincre, représentée par le salopard de service, le commissaire Goémond (Michel Aumont), commandé lui-même par un appareil politique (André Falcon, François Perrot, enfin une belle brochette d'enfoirés) qui compte bien utiliser la bande comme symbole de sa toute-puissance. Il importe moins de sauver ce pauvre ambassadeur que de décimer la bande pour assoir son autorité : nihiliste et désespéré, le film est clairement du côté des anars contre l'ordre établi. Mais il n'en oublie pas pour autant de renvoyer ceux-ci à leurs erreurs, à leurs ambiguïtés, à leur vide : les convictions politiques, finalement, sont moins importantes que la cupidité ou l'héroïsme à deux balles de ces hommes d'un autre temps. Désabusé donc plutôt, le cinéaste déclare tout simplement son mépris à tout le monde.
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Si on reconnait sans problème l'anarchisme de droite du cinéaste, si on sourit à son libertarisme adolescent, si on connait déjà sa façon de tout envoyer au chaos dans un grand rire sardonique, on lui connaissait moins ce sens de la mise en scène épuré, cette sobriété, ce sérieux. Si Nada n'est pas dénué d'un certain humour, il viendra plutôt des petits rôles, de ce monde croquignolet de putes, de balances, de petites frappes. Le thème général, celui de la lutte armée et de la violence, est traité avec rigueur et froideur, et convainc par sa brutalité. Pas ou peu d'effets chabroliens dans cette histoire racontée tout droit, et ça fait du bien. Bref, un Chabrol inattendu et intéressant, moins petit malin que d'habitude : on prend.