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13 mars 2026

Father Mother Sister Brother de Jim Jarmusch - 2026

Le retour aux affaires de Jim Jarmusch se fait par la porte qu'on préfère de lui, celle de la modestie et de la discrétion. Avec ces trois petites histoires de famille, aussi futiles qu'attachantes, il renoue avec la veine de Coffee & Cigarettes ou Night on Earth, retrouve son esprit autant à l'écriture qu'à la mise en scène, et nous offre un joli petit bonbon. Il n'y a rien ou presque dans ces histoires, et le cinéaste a l'air de lorgner du côté de Carver dans sa tentative d'en dire beaucoup avec peu, d'économiser les grands événements, de faire confiance à la durée, à la subtilité des personnages, aux détails pour décliner son caustique message : les histoires de famille sont souvent les plus pénibles. C'est en tout cas le message qui semble passer dans les deux premiers sketches, assez proche dans leur fond. Le premier nous montre un frère (Adam Sandler, pas mal) et une sœur (Mialym Bialik, plus à la peine) rendre visite à leur vieux père veuf (Tom Waits, dont on voit le squelette sous la peau) au fin fond de sa campagne américaine. Visite compassée, gênée, vide, à laquelle chacun semble avide de mettre fin. Jarmusch décline le thème du paternel qui ne sait pas quoi dire à ses enfants, et qui préfère rester seul que de recevoir leur visite, mais pointe aussi les obligations familiales qui perdurent par convention. Tout le monde voudrait être ailleurs, tout le monde est pourtant là. Beau petit exercice de style, malgré ses défauts : une chute de petit malin inutile, une actrice pas terrible, et surtout un bizarre effet de transparence en voiture, absolument immonde. Qu'est-ce qui a poussé Jarmusch à l'utiliser ?...

Le deuxième sketch, le meilleur, flirte pareillement avec le non-dit et la gêne familiale. Ce sont deux sœurs cette fois-ci (les parfaites Vicky Krieps et Cate Blanchett, celle-ci pourtant un peu too much dans l’enlaidissement et le costume ringard) qui sont conviées chez môman (la géniale Charlotte Rampling) pour y prendre un thé tout ce qu'il y a de conventionnel dans sa maison de Dublin. A coups de petites phrases qui sortent innocemment, d'échanges de regards lourds de sens, de comportements inattendus, d'embarras, ces trois grandes actrices parviennent à montrer une montagne de névroses familiales, des rapports de soumission et de domination délétères, des tonnes de frustrations, le tout en restant dans le confort bourgeois et ouaté de la cérémonie familiale. Cette partie est géniale, non seulement parce que Jarmusch sait merveilleusement exploiter les comédiennes (le regard pétillant de malice de Rampling, la finesse de Blanchett), mais aussi parce que sa mise en scène, mathématique et simple, participe à l'étouffement général. Tout réside dans l'axe des caméras, dans un dispositif qui enferme le trio sans espoir de fuite, vraiment un très bon travail sophistiqué et élégant.

On retrouve avec la troisième partie le Jarmusch "à la cool" qu'on aime. Un frère et une sœur (Luka Sabbat et Indya Moore), à Paris, se retrouvent pour vider la maison des parents, morts dans un accident. Échange de tendresse, de complicité, de souvenirs doux-amers, dans un appartement vide, comme un bilan nostalgique d'une enfance terminée : finalement le regard sur la famille se teinte de tendresse, et Jarmusch prouve qu'il n'est pas devenu un cynique complet. Cette partie, peut-être plus classique chez lui, moins inédite, est très jolie aussi, très discrète, très humaine. Le cinéaste y retrouve ses fameux travellings (on pense à Mystery train) et filme Paris avec émerveillement, rendant même hommage à Eustache avec l’apparition de Françoise Lebrun, plus fantomatique que jamais. Le film se conclut sur cette note discrète et élégante, et nous on se retrouve avec le cœur gentiment chaviré par ce film d'une modestie revigorante. Sans envergure, peut-être, mais bien émouvant. (Gols 12/02/26)

 

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Alors, oui, on ne peut pas dire que j'ai d'énormes affinités avec le cinéma de Jim Jarmusch même si je tiens Dead Man pour l'un des films les plus hypnotiques jamais réalisés (mais ne me serais-je pas endormi, justement ?) et cette nouvelle mouture de film à sketches m'a laissé un peu sur ma faim (je n'ai d'ailleurs pas cessé de lorgner sur les petites mignardises posées sur la table de l'éternelle Rampling, petites bouchées auxquelles d'ailleurs presque personne n'a touché...). On comprend bien que le Jim ne porte pas forcément la famille dans son cœur : un père hâbleur et roublard qui se joue de ses gamins, une mère plus froide qu'un vase en porcelaine envers ses deux filles, et finalement deux parents salués et aimés une fois... qu'ils sont morts. En deux mots, les parents, c'est bien, il suffit juste de ne pas les voir - même une seule fois par an, c'est la chienlit... Dans le premier sketch, j'avoue avoir eu un certain plaisir malsain à voir Waits brandir une hache et l'actionner au milieu de ses deux futurs héritiers : on a l'impression que le message, visuellement et métaphoriquement, est clair ; les liens familiaux c'est bien, surtout lorsqu'ils sont tranchés. La fin du sketch est en effet un peu facile, un peu trop démonstrative, on avait déjà capté le message depuis longtemps : cette réunion familiale est un jeu de dupes, pour tous, un emmerdement contraint plus qu'un plaisir pour l'ensemble des protagonistes... Le second sketch, d'une froideur toute anglaise dans une Irlande tirée à quatre épingles, évoque avec encore plus de distanciation ces rapports forcés ; le problème, c'est qu'une fois cela mis sur la table, tout tourne à vide et l'on se demande si l'on n'aurait pas pu faire encore plus court... Je sais bien, il fallait que Jarmusch ait le temps de développer ses motifs, ses figures imposées qui reviennent d'un sketch l'autre : trinquer avec de l'eau ou du thé (l'enfer pour moi), placer l'expression idiomatique vieillotte "and Bob is my uncle", montrer des skateurs à la coule, transiter en bagnole (toutes les transparences, on est bien d'accord, sont encore plus moches que dans un Hitch vintage... au secours le progrès...)... Mais avouons que cette petite série de clins d’œil internes ne sont pas non plus d'un intérêt primordial, n'entraînent guère de complicité avec les personnages... Enfin vient le dernier sketch avec, comme l'a souligné en partie Gols, deux personnages en déshérence typiquement jarmuschiens dont le vague-à-l'âme déroule son fil tout du long - que nos parents étaient beaux, qu'il est dommage que tout cela ne soit plus, tu veux du sucre dans ton café sinon ? Tout cela est éminemment propre, carré, soigné, écrit avec mesure et joué avec finesse mais tout cela se regarde aussi un peu "en train de faire du cinéma", un cinéma sans grande aspérité ni véritable surprise. Sûrement la raison pour laquelle j'ai toujours trouvé plus d'humanité et de fun chez le pourtant très maniéré Hartley. On ne se refait pas. (Shang 13/03/2026)

 

Commentaires
S
Carver ? Oui alors voilà l'histoire : le petit Jim a été invité une nuit dans la chambre d'hôtel du grand Ray, ils y ont bu de l'eau, du thé, du café (d'où le running gag commémoratif), ont plutôt pas mal causé, tant même qu'à la fin le grand Ray, rompu, s'est endormi dans son plume, mais pas avant d'avoir fait monter un lit de camp pour le petit Jim. Evidement un lit de camp reste un lit de camp... Pas un grand cru, non (Waits et Rampling sont pourtant formidables). Pourtant ça se regarde et Jarmusch reste le réalisateur le plus coooool du monde.
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