LIVRE : 8,2 Secondes de Maxime Chattam - 2025
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On avait oublié (moi, en tout cas) combien Chattam écrivait comme un pied. En éternel pionnier, je suis allé vérifier, et je le confirme : voilà une écriture, une construction de roman, d'une pauvreté affligeante. Chattam écrit des polars à l'ancienne, sur ce principe inventé par on ne sait qui et qui a été reproduit par tous les auteurs (ou presque) des années 80 aux années 2010 : une scène traumatique au début pour capter l'attention, puis rien pendant 400 pages (ou des fausses pistes, ou une enquête laborieuse émaillée de quelques coups de speed qui s'avèrent inutiles), puis un final qui vous en fout plein les mirettes, histoire que le lecteur captif soit au final convaincu et court acheter le roman suivant. Ça fonctionne même chez Stephen King, aucune raison de s'en priver. Les auteurs d'aujourd'hui ont compris que cette construction était plus qu'éculée et ont réagi ; mais on a affaire là à un auteur de l'ancienne génération, et c'est difficile de changer une méthode qui vous a valu le succès.
Voici donc l'intrigue la plus usée qui soit. Ou plutôt les intrigues que Chattam entremêle un chapitre sur deux : d'un côté, une jeune flic sous-évaluée qui se montre d'un redoutable flair quand il s'agit de se mettre sur la trace du Grand Méchant loup, un serial-killer in-attrapable : engagée par la police d'élite, elle va traquer le tueur et montrer sa compétence, tout en étant menée en bateau par un mystérieux amant bien chelou. Enquête qui piétine en même temps que la patience du lecteur, mise à rude épreuve devant ces infinies descriptions d'affres intérieures, de faux espoirs, de tergiversations et de dialogues sans intérêt. On sait bien que c'est ça, une enquête, mais on aime bien aussi être capté dans un personnage, une intrigue, un suspense. Là, on passe l'essentiel du livre à attendre. Et quand enfin (je ne dévoile rien, on sait très bien que ça va arriver), le prédateur est enfin démasqué, on a tellement attendu qu'on regarde ça d'un œil morne. Toute cette partie est non seulement ratée, mais répond à un cahier des charges connu par cœur depuis toujours, et mille fois mieux traité chez d'autres.
De l'autre côté, une scénariste qui s'isole avec son vieux chien dans une maison au bord d'un lac, perdue au milieu des bois. Un lourd secret (bien entendu) la harcèle, son mari et son enfant étant morts dans des circonstances que le roman se charge de vous dévoiler quand vous en aurez vraiment marre. La pauvrette met la main sur des archives familiales inquiétantes, et si vous ajoutez à ça qu'elle est pourchassée par un ours (mon œil) et que le voisin est bien chelou, vous vous douterez qu'elle n'est pas à son aise pour faire son deuil. C'est la partie King de l'intrigue donc, que Chattam charge en coups de flippe, en faux fantômes et en sabir sataniste. C'est un brin plus intéressant, mais le gars fatigue tout autant dans son emploi des fausses pistes : à intervalles réguliers, il envoie un truc qui fait peur ou qui semble fatal (oh non un monstre sanguinaire !), puis au chapitre suivant désamorce piteusement (ahah non en fait ça n'était que le chien, mais avec l'ombre et la fatigue, tout ça, ahahah j'suis bête). Le lien entre les deux histoires se fera, bien sûr, mais dans une astuce qu'on devine dès les premières pages (et Dieu sait que je ne suis pas la flèche la plus pointue du carquois pour deviner les trames de polar). Mais une fois les tenants et aboutissants connus, Chattam, dans les ultimes pages, vous balance une révélation qui, je le reconnais, vous laisse baba. On se dit qu'il a écrit toutes ces pages ennuyeuses pour ce moment-là, on se dit "ahah le con, il m'a eu", mais aussi que c'est un sacerdoce parfois d'écrire. Un long moment d'ennui profond, écrit au rabais, pour 10 pages un peu fun à la fin : on oublie.