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25 octobre 2025

LIVRE : Zem de Laurent Gaudé - 2025

Ayant hâte de voir le film de Jimenez sur Chien 51, je me suis hâté de lire cette suite pour me remettre les personnages en tête. Je déconne. La bande-annonce du Jimenez (bien que le film soit apparemment adoubé par Gaudé) m' a amplement suffi. Bon, cette suite alors ? Il est étonnant de voir, ce fut en tout cas l'impression que j'eus dès le début (impression qui ne s'est pas démentie par la suite), à quel point Gaudé semble avoir sacrifié l'aspect "atmosphérique" (comme si le premier tome avait suffi pour planter le décor) au profit de la volonté de nous plonger dans "l'action". On rentre très vite dans le vif du sujet avec nos deux personnages principaux, réunis ici presque malgré eux, Zem et Salia, qui assistent avec effroi à une macabre découverte : dans un container en provenance d'une lointaine destination cinq personnes sont retrouvées mortes - crise cardiaque, effets médicamenteux ? Nos deux ex-proches se retrouvent liés (pour le pire et le meilleur) pour démêler l'imbroglio de cet horrible méfait... L'enquête ira vite, avec son lot de charclage et de règlements de compte brutaux au passage, et mènera nos deux enquêteurs sur le chemin de la Crète - comme un retour aux sources pour Zem...

 

On pourra apprécier le rythme soutenu de l'ensemble, ainsi que les thématiques sous-jacentes de cette œuvre : le sacrifice effectué par des migrants, l'exploitation de l'homme par l'homme, le règne "opiumique" (la métaphore semble s'imposer) de l'argent : travaille ou crève. On gagne donc en rebondissements, le dernier tiers du bouquin nous permettant d'ouvrir sur d'autres horizons, de nouveaux personnages et une nouvelle forme de lutte. Ça se lit avec un plaisir indéniable, notamment en raison des rapports des plus forts qui unissent nos deux personnages centraux, mais on est malencontreusement un peu moins envoûté par cet univers grisâtre et pluvieux si bien planté dans Chien 51 ; Gaudé semble avoir également remisé pour l'heure ce lyrisme si particulier, cet art hypnotique de conteur dans lesquels baignaient certains de ses précédents opus. Moins d'emballement sans doute à la lecture mais un simple divertissement qui reste de très bon goût - littéraire. Restons zen.  (Shang - 28/09/25)

 

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Moi aussi un peu partagé par ce nouveau livre, qui délaisse non seulement les ambiances mais aussi tout le fond du premier opus. Fin du choc des civilisations, des grands combats économiques qui montent les nations les unes contre les autres, de la lutte des classes qui a abouti à diviser la société. Gaudé envoie tout ça (ou presque) au diable, et se concentre sur son nouveau credo : l'action, le polar, le rythme. Et il faut avouer que dans la première moitié du roman, on est emballé par la vitesse avec laquelle il nous raconte son enquête. Il accumule les découvertes, les révélations, les scènes d'action, à un rythme fou, délaissant tout ce qui fait le gras des autres polars (fausses pistes, enquête qui s'enterre, laborieux travail) pour nous donner de la vitesse. Dès qu'un problème surgit, deux pages plus loin il est réglé, et les coupables ne tardent pas à être découverts, les preuves à être révélées et les mobiles à se faire jour. On apprécie cette nouvelle façon dans l'écriture de Gaudé, qui semble délaisser un peu les longs (et parfois ennuyeux) poèmes mythiques pour s'intéresser aux faits, aux personnages, à l'action. D'autant que son écriture n'est pas devenue pauvre pour autant : à travers cette impétueuse enquête, il parvient à faire exister son univers prophétique, à rester dans un contexte politique pertinent, à faire exister les personnages au passé chargé... 

 

Mais malheureusement, dans la deuxième partie, tout s'effondre un peu. Quand les deux héros quittent la mégalopole moderne pour partir en Crête, Gaudé y voit l'occasion de retrouver sa verve chargée de mythologie, joue à Homère, exalte les racines et se perd dans de longues diatribes chargées, pleines de mots ronflants. Cette partie-là est too much, dans une histoire qui n'avait pas besoin de ce poids supplémentaire pour être déjà bien lourde. C'est dommage, car Gaudé sait donner de la grandeur à sa trame, et son écriture raffinée, à l'ancienne, se teinte ici d'une belle modernité : phrases courtes, rapides, efficaces, qui tranchent avec les grandes envolées (contrairement à Shang, j'ai trouvé qu'il y allait un peu fort en lyrisme). Au final, ni vraiment convaincu par la trame de polar, qui fait long feu et est presque même abandonnée à la première moitié au profit du poème homérique, ni vraiment convaincu par le style, ampoulé comme dans ses plus mauvais livres dans la deuxième moitié, il a fallu que je m'accroche aux détails. Dont le moindre n'est pas cette formidable idée d'addiction à la drogue pour asservir tout un peuple, la société fournissant à la fois la drogue et son antidote, dans un esclavagisme 2.0 très crédible. Zem nous fait passer de cimes en abysses.  (Gols - 25/10/25)

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