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2 septembre 2025

Avenue des Enfants ingrats (Oyafukô dôri) (1958) de Yasuzô Masumura

Si l'homme n'est pas d'une créativité folle dans sa vie quotidienne, il faut bien reconnaître que lorsqu'il est question de vengeance il n'hésite jamais à puiser dans ses réserves... Soit donc ici, vivant en colocation, deux petits couples formés par un frère et une sœur. A ma droite, un couple plutôt friqué (forcément) constitué d'un certain Shuishi (l'imposant Eiji Funakoshi), courtier, et d'une certaine Kaneko (virevoltante et lumineuse Hitomi Nozoe que j'affectionne tout particulièrement) ; à ma gauche, un couple d'un niveau social plus moyen (forcément) constitué d'Akie, vendeuse de son état (la souriante et dévouée Yôko Katsuragi), et de Katsuya, étudiant vivant d'arnaques et de petits expédients (le sale gosse Hiroshi Kawagushi). Lorsque Shuishi apprend qu'Akie est enceinte, il n'hésite pas, le salopiot, à la lourder comme une malpropre tout en lui conseillant d'avorter fissa. Akie accepte, accuse le coup sans chercher plus loin, ce qui met forcément en rogne son frérot. Ce dernier, constatant que le gars Eiji sera difficilement bousculable physiquement, met au point une petite stratégie des plus pernicieuses : draguer sa soeur Kaneko, la mettre en cloque, mettre Shuishi devant les faits accomplis, et lourder devant ses yeux ladite soeur. Ne me parlez plus après cela de cœur humain... Tout se passe malheureusement comme sur des roulettes avec une Kaneko qui, après s'être fait tout de même violer par Katsuya dans les près, tombe raide dingue de lui (ne dites rien, j'en suis malade) puis tombe enceinte... Mais ne pensez pas pour autant que tout va se dérouler exactement comme prévu jusqu'au bout...

Un fil rouge facile à suivre avec quatre personnages qui se retrouvent en duo en multipliant toutes les combinaisons possibles (frère/sœur, amant/amante, femme/femme, homme/homme) : ce petit jeu constant de duettiste, ces multiples variations insufflent une certaine dynamique au film, un film qui plus est toujours en mouvement au cours de ses quatre-vingts minutes : que les frère et les sœurs discutent le soir dans leur appart en tournant en rond ou que les amants soient en virée (en extérieur ou dans des boites, des restaurants), les personnages sont pratiquement jamais à l'arrêt. Ça discutaille, ça s'engueule, ça échange à tout va, le gars Katsuya en particulier ne tenant pas en place et se révélant particulièrement expressif dans ses coups de gueule et ses colères... Les personnages masculins, irresponsables ou pervers, ne sont d'ailleurs ici guère reluisants. On reconnaît bien là la patte de notre ami Masumura (dont toute une série de films ressortent actuellement en salle - joie) qui laissent le soin aux femmes de relever le niveau : si Akie fait preuve d'une résilience à toute épreuve, la chtite Kaneko fait, elle, preuve d'une combattivité qui fait honneur à son sexe ; ne baissant jamais les bras, allant de l'avant, elle n'est pas du genre à accepter la fatalité ni à jouer le jeu des hommes. Certes sa réaction après le viol qu'elle subit est... comment dire... discutable, mais elle ira jusqu'au bout de ses choix, faisant aisément passer ses sentiments avant toute sorte de jugement - elle assume pleinement ses actes, aux autres, intelligemment, de suivre - et sinon tant pis... Film plein de peps (avec cette petite bande de jeunes nippons, les cheveux courts dans le vent (alors qu'on est en plein marasme économique) s'accrochant au monde de la nuit pour vivoter, faire la fiesta et arnaquer des pigeons étrangers) et d'énergie dans un Japon exsangue économiquement - joyeux petit film masumarien... au forceps.

 

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