Le Puritain (1938) de Jeff Musso
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On peut s'appeler Musso et ne pas être une quiche complète, la preuve avec cette toute première œuvre de très bonne tenue (saluée en son temps par le prix Louis Delluc d'ailleurs) signée d'un certain Jeff Musso (on continue d'explorer certains cinéastes français peu connus des années 30, vous l'aurez compris). De prime abord, avant d'aborder ce polar pur jus à l'ambiance quelque peu malsaine (on sent que la fin des années 30 ne respire pas la sérénité), il faut dire que le générique est déjà assez étonnant en soi : on nous annonce Fresnay et Viviane Romance en tête d'affiche et ceux-ci, dans les rôles respectifs du commissaire et de la michetonne, ne feront leur apparition qu'assez tard dans le film. A contrario, Jean-Louis Barrault (as Francis Ferriter) est annoncé comme un second rôle alors qu'il sera celui qui portera le film sur les épaules : il est à la fois l'assassin (il s'agit de la première séquence du film, je ne déflore rien), le puritain, l'hypocrite absolu, le mal-aimé parfait, le pauvre type complet. Il endosse là, avec toute la fièvre qui est la sienne, le rôle d'un salaud total, aussi bien d'un point de vue moral (fan du retaillisme, oups, d'un puritanisme d'un autre âge : il ne supporte pas plus l'alcool que la frivolité des femmes que celle des hommes et fait partie d'un groupuscule aux idées nauséabondes) que dans les actes (il trucide lâchement sa voisine avec une froideur de samouraï - la première séquence, celle du meurtre, qui se déroule sans pratiquement aucun dialogue, ne devait pas laisser Melville insensible). Barrault va s'en donner à cœur joie dans ce rôle du type tour à tour glacial (il assassine sa proie avec une grande efficacité, sans faire preuve par la suite d'aucun remords), exubérant, vindicatif (la délation est son domaine), opportuniste, lâche, faible (dès que l'occasion finira par se présenter, il sera le premier, avec un petit coup dans le nez, à se laisser aller dans les bras d'une prostipute). Il est, pour enterrer le sujet et briser là, l'un des grands intérêts de ce film, aussi flamboyant dans son verbe que pathétique dans son âme.
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Face à lui, Fresnay fait figure d'animal à sang froid et ce dernier va d'ailleurs très vite porter ses soupçons sur ce fort-en-gueule (c'est d'ailleurs sûrement la faiblesse principal de ce film : l'enquête pourrait s'achever en cinq minutes). Mais avant de passer (éventuellement) les menottes à Francis Ferriter, on aura droit à une galerie de portraits en règle avec notamment le passage en revue des divers habitants de l'immeuble où s'est déroulé l'assassinat et les visiteurs de l'endroit : de la propriétaire forte femme qui domine de la tête et des épaules son compagnon et éructe comme une matrone à ce Docteur O'Leary (Alexandre Rignault), le visiteur du soir de la personne assassinée, plus peureux qu'un chaton, la plupart des personnages ne sont pas franchement glorieux. Mais c'est surtout dans le portrait des bas-fonds nocturnes que le film excelle, Musso nous emmenant, en compagnie d'un Francis en pleine déroute et d'une Molly (Viviane Romance) en plein travail, dans les bouges de l'époque (rien que de voir la patronne qui a les traits de Fréhel, tu comprends que tu es dans de l'authentique...). De la mansarde du meurtrier situé au dernier étage aux sous-sols des bars de nuit, on assistera à la véritable chute d'un fanatique qui fait soi-disant de la morale son combat (il ira jusqu'à dire que son meurtre est d'inspiration divine et à chercher à se confesser : Dieu, l'ultime excuse...) mais qui se comporte avec une bassesse, une lâcheté telles que toute morale en lui-même semble être absente : ou quand les garants de la morale n'en ont point - il est forcément difficile de ne pas y voir un parfait écho de notre bien belle époque. Beau film d'acteurs très bien emballé (ce sentiment anxiogène permanent, comme si chaque quidam, constamment sous surveillance, ne pouvait s'enfuir), pur et durement d'actualité.
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