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7 août 2025

Le Poulpe de Guillaume Nicloux - 1998

"A force d’enculer les poules, on finit par casser des œufs."

Qui aurait cru que Le Poulpe, petit polar de série a priori anodin, serait 30 ans plus tard l'objet d'un culte ? Si vous ouvrez bien vos yeux, pourtant, vous ne pourrez que constater que, bien que se rattachant à une histoire du cinéma populaire qui irait de Blier à Belmondo, le film a un ton éminemment personnel, une manière de raconter qu'on n'avait jamais vue au cinéma et qu'on ne reverra guère par la suite. Intrigue sacrifiée à l'autel de dialogues truculents, situations dédramatisées à l'excès, jeu "cool" des comédiens, petit ton moderne dans le limon social sur lequel il s'appuie, forme dépassant largement le fond, dévotion à la punch-line même si la trame s'en voit bousillée : Nicloux (et Pouy et Raynal au scénario) invente tout simplement une nouvelle forme de polar, ancrée dans la réalité mais néanmoins rêveuse, furieusement anar comme l'est son personnage, qui cherche à bousiller tous vos repères en matière de polar. Il y réussit totalement, et le plaisir est intact, 30 ans après, de retrouver le décalé Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, et son enquête un peu pétée dans le fin fond d'une France populoss sur une profanation de cimetière. Dès le départ, avec cette parodie de la structure des James Bond (une enquête se termine sans qu'on en connaisse les origines), le ton est donné : on va avoir droit à notre lot d'événements violents et de rebondissements, mais ils ne seront pas importants. Importent plus la posture de Gabriel face à eux, et ce qu'il va arriver à balancer comme bons mots face au danger. 

Rien ne semble important, d'ailleurs, chez cet homme : sa petite amie (l'extraordinaire Clotilde Courau, qui fait une inoubliable composition de femme libérée faussement sotte et craquante à souhait) est amoureuse mais peu fidèle, il s'en fout ; il se fait attaquer par une bande de voyous spécialistes de kung-fu, il s'en fout ; il tombe sur des cadavres, il s'en fout ; il traverse tout ça avec un air blasé parfaitement cool, et résout cette affaire plus par désœuvrement que par passion. Quelle affaire, d'ailleurs ? l'enquête est tellement relâchée, les enjeux sont tellement futiles qu'on cesse très vite de s'intéresser au(x) coupable(s), comme Le Poulpe lui-même dirait-on. On s'intéresse beaucoup plus aux personnages croisés (un défilé de tronches bien dans la tradition du cinéma populaire français des années 80), aux situations absurdes et surtout aux dialogues. Je n'ai jamais été un grand amoureux des bons mots au cinéma, mais là, franchement, ça fuse et c'est jouissif. Surtout prononcés par l'irrésistible Darroussin, qui semble avoir trouvé là son rôle parfait (je me repasse en boucle son "Non mais n'importe quoi, lui !" quand un type se la pète en bagnole pour l'impressionner).

Plus ou moins fidèles au cahier des charges imposé pour l'écriture de la série de livres, les auteurs n'hésitent pas pour autant à trahir joyeusement les règles du jeu : on est dans le polar social, dans le portrait de la France d'en bas, dans les tronches de bistrot et dans les voyous de banlieue, dans le style dominant le sujet, ça, c'est conforme ; mais le film déstructure plus encore le polar, s'accrochant aux détails (une pipe sur un tee-shirt, des chaussures qui deviennent un running-gag), aux petites inventions de jeu, jusqu'à perdre tout intérêt à la résolution de l'enquête (résolution que j'ai oubliée d'ailleurs). On reste épaté par la liberté de ton de ce film iconoclaste et hyper-original, par l'humour froid qu'il distille, par le jeu génial de tous les comédiens, par le style coolissime (petit rappel nécessaire après plusieurs films médiocres : Nicloux est un grand réalisateur), par le portrait d'une France des prolos, à la fois caustique et tendre, qu'il donne. Conquis, définitivement. 

 

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