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4 avril 2026

L'Homme à l'Hispano (1933) de Jean Epstein

"- Pourquoi me regardez-vous ainsi ?
- Vous me faites penser à quelqu'un.
- A qui ?
- A quelqu'un que je ne connaissais pas et que j'attendais."
 

Sept ans après Duvivier, Jean Epstein donne sa version du "célèbre livre de Pierre Frondaie" : l'histoire d'un homme, Gaston Dewalter qui, quelque peu démuni, décide de partir faire fortune au Sénégal. En route, à la gare de Bordeaux, il apprend que son bateau est retardé et croise par hasard un ami qui lui confie une étrange mission : ramener l'hispano flambant neuve qu'il vient d'acquérir à Biarritz, pour la donner... à sa maîtresse (ainsi sa femme ne pourra se douter de rien...). Gaston accepte et croise à Biarritz une certaine Lady Oswill : c'est le coup de foudre réciproque. Seul petit problème à l'horizon, notre ami Gaston qui parade avec son hispano n'a guère les moyens de la vie de château ; quant à Lady Oswill, elle est déjà mariée à un Lord quelque peu envahissant. Pourront-ils vivre leur amour pleinement et ce pendant combien de temps, c'est tout le problème de cette idylle qui repose, dès le départ, sur du sable (son mensonge à lui quant à ses finances, sa capacité à elle à vouloir fuir à tout prix son mari).

Gaston Dewalter (Jean Murat, guère expressif) est un personnage intrigant et flamboyant : incapable d'avouer à sa douce qu'il n'est pas fortuné, il se lance dans cette aventure en se disant que connaître le bonheur brut pendant quinze jours vaut tous les sacrifices. Face à lui, Lady Oswill (Marie Bell, des faux airs de faucon, racée, mais quelque peu glaciale...) plonge dans cet amour sans remord : on comprend vite pourquoi, vu le mari pénible et misanthrope qu'elle se colle. Mais ce dernier (George Grossmith, le parfait méchant sans vergogne... qui fait preuve malheureusement d'un peu plus de charisme que nos deux tendres tourtereaux) est pugnace comme pas deux et va tout faire pour chercher à humilier le Gaston (dont il sait les problèmes d'argent) et, par la bande, sa femme. On apprécie surtout ici ces longs passages entre les deux amants (ils s'aiment... sans échanger franchement beaucoup de mots), notamment cette superbe scène dans une maison déserte qui s'achève, dans ces rideaux transparents secoués par la tempête, par un baiser impétueux : superbe envolée lyrique dans un film qui manque malheureusement un peu trop de sensualité. De même, cette longue traversée en hispano, qui mène, à toute blinde, nos deux amants de Biarritz au Ritz (je ferai pas mieux au niveau des rimes) de Paris, un trajet filmé avec quelques petits effets stroboscopiques qui ne manque pas de souffle. Mais il faut bien reconnaître, qu'au-delà de ces plans sur notre couple phare qui se regarde plus qu'il ne se parle, c'est bien Lord Oswill, avec son accent à couper à la hache et ses petites manières obséquieuses, qui demeure ici le personnage le plus marquant.

Un bon point, également pour cette conclusion aussi virevoltante et lumineuse (ces jolis travellings sur des couples dansant dans ce château d'Oléron ; Dewalter et Lady Oswill qui savourent leur union face à la haute société) que crépusculaire (il faudra bien qu'un soupçon de tragédie s'immisce pour relever la sauce). Epstein crée une ambiance terriblement anxiogène avec ces maxi gros plans sur Dewalter et Lord Oswill ; il fait montre de tout autant d'inspiration pour montrer la terrible solitude d'un personnage en le filmant, de loin, dans cette immense bibliothèque. Le film s'achève dans la nuit, dans les eaux troubles, comme si cette histoire d'amour qui reposait sur des non-dits ne pouvait que finir par dire non. Beau travail sur les cadres, sur ces montages parallèles signifiant (ce train et cette voiture en action qui filent vers le même point de rencontre... fatidique) pour une histoire d'innocents par trop insouciants. Belle version.  (Shang - 27/08/25)

 

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Un petit trésor vintage, oui, que cet Homme à l'Hispano, aussi désuet que charmant. On a l'impression de feuilleter un roman-photo, avec ses sentiments décuplés, son code d'honneur d'un autre âge, ses expressions héritées du théâtre. Mais la mise en scène d'Epstein est si élégante, si raffinée, que cet aspect patiné passe tout seul. L'écrin est magnifique, les mouvements de caméra souples et amples comme pas possible, les gros plans inoubliables : on est vraiment à la fête avec ce cinéma qui ne s'est pas encore complètement départi de l'époque du muet. C'est le même goût pour un mélodrame excessif, ici selon des enjeux qui échappent un peu au brave spectateur de 2026 : pour ne pas avouer à sa belle un mensonge bien pardonnable (en fait, la superbe voiture avec laquelle je t'emmène de cocktails en soirées de clair de lune n'est pas à moi, et je n'ai pas un radis), Dewalter ira jusqu'aux plus extrêmes des extrémités ; alors qu'on se dit que Lady Oswill (avec son air tragique et son œil qui dit crotte à l'autre) aurait sans doute accepté les choses d'un geste las mais amoureux. Cette historiette entre les deux amoureux, rendue du coup un peu ridicule, d'autant que les acteurs interprétant iceux sont bien ternes, s'efface derrière les agissements du mari (impeccable et repoussant George Grossmith), qui amène pour le coup de la vie, du soufre, de l'épaisseur à tout ça. Son caractère apparaît très fouillé comparé à celui des tourtereaux, et on aurait presque envie qu'il triomphe à la fin. Mon camarade Shang a développé tout ce qu'on peut dire d'autre sur cet objet tout de même assez léger. Je n'aurai donc plus qu'un mot : foncez.  (Gols - 04/04/26)

 

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