Geronimo (Geronimo : An American Legend) de Walter Hill - 1993
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Symbole de la résistance et de l'absence de concession face à l'invasion des blancs, Geronimo méritait bien un film à lui seul consacré. Walter Hill (et son auteur John Millius) s'en chargent, et offrent un western sinon passionnant, en tout cas édifiant dans ce qu'il raconte de la vie de cet homme pur et têtu et des exactions qu'ont pu exercer les envahisseurs sur le peuple indien à la fin du 19ème siècle. Le souci est peut-être dans le terme "Legend" du titre original : on ne sait pas trop ce qui tient de la réalité ou du fantasme dans ce script, et c'est un peu dommage. Mais on compense ce flou artistique par un film tout en noblesse, en héroïsme et en personnages forts, tant pis. Geronimo enregistre avec talent un point de bascule non seulement dans l'histoire américaine mais aussi dans la façon d'envisager la guerre pour les deux peuples ennemis. Deux camps s'affrontent : d'un côté, les vieux briscards garants de méthodes à l'ancienne, code d'honneur, respect de l'ennemi, morale guerrière ; de l'autre les nouveaux, adeptes de ruse, de tromperie, de violence gratuite. Le film va montrer comment la guerre glisse d'un monde à l'autre, d'une façon de l'envisager à une autre. Au départ donc, des guerriers valeureux, héroïques, tout de noblesse : sous les ordres du fier mais juste général Crooks (Gene Hackman) se battent des soldats dignes (Jason Patric et son humanisme, Matt Damon et sa naïveté, Robert Duvall et son courage), décidés à mettre fin au combat contre les Indiens, en particulier la poignée d'Apaches qui refusent la reddition, menés par le farouche Geronimo (impressionnant Wes Studi). A force de négociations, de compréhension des enjeux, de respect mutuel, les deux camps parviennent à un accord... qui sera violé très vite par les politiciens, les Indiens se retrouvant cantonnés sur un tout petit territoire. Geronimo se rebelle, prend le maquis, et déclare la guerre ouverte contre les envahisseurs. Les "néo-guerriers" prennent alors la place des anciens et importent des méthodes beaucoup plus douteuses : on entube sans problème les Indiens, on les fait mourir de fin sans ciller, et au pire on commet des meurtres horribles en leur nom pour pourrir leur réputation. Dans ce cadre, les guerriers tout de noblesse de jadis ne peuvent que constater qu'ils ont perdu le game, et regarder le progrès vaincre, les derniers Apaches se faire décimer et leur culture disparaître.
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Triste, très triste constat d'échec, que Hill filme avec noblesse et désespoir. De fait, Geronimo manque cruellement d'humour, de respiration, de distance, et affiche un sérieux de mormon du début à la fin. On regrette ça, comme on regrette une mise en scène très académique, qui aligne les scènes attendues sans jamais chercher à nous surprendre. Trop sagement, Hill met toujours sa caméra là où on l'attend, sans idée, et montre des personnages très archétypaux, l'Indien sans peur, le naïf qui découvre les horreurs de la guerre, le général autoritaire, etc. Seul Duvall réussit à construire un joli personnage, héritier de l'ancien monde regardant le nouveau advenir avec amertume. Ce classicisme finit par ennuyer un peu. Mais Hill s'en sort tout de même, grâce au scénario intéressant de Millius, qui nous en apprend pas mal sur la vie de ce "sauvage" mal-connu et mal-aimé, et grâce à un savoir-faire indéniable : même si le film est concentré avant tout sur les arcanes de ces négociations géo-politiques, les scènes d'action sont là, et assez bien senties. La violence surgit brusquement, les coups font mal, les horreurs sont montrées crûment. Ajoutons que les comédiens sont tous irréprochables malgré les gros traits de leurs personnages, que la musique de Ry Cooder est sensible et que les paysages d'Arizona et d'Utah sont bien sentis (malgré quelques plans pubesques ensevelis sous les filtres colorés, la plaie des années 90). C'est classique, oui, ça manque d'invention et de caractère, peut-être, mais c'est solide et intéressant.
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