Ophélia de Claude Chabrol - 1963
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Chabrol a tort de vouloir s'atteler aux grands auteurs. Que ce soit Flaubert ou Miller, les adaptations ne lui réussissent pas du tout, et il aurait mieux fait de rester dans les petits maîtres du polar plutôt que de tenter le grand chelem. Ici, c'est rien moins qu'à Shakespeare que le bon gars s'intéresse, en cette période encore très Nouvelle Vague pour lui. Le dramaturge surpuissant colle aux portraits de la bourgeoisie chabroliens comme une moustache à la Vénus de Botticcelli. Tout sent la naphtaline dans ce film pourtant encore très "jeune",sa lecture d'Hamlet est bêtement littérale, et la transposition de la tragédie élisabéthaine dans le petit confort aristo contemporain manque vraiment de puissance. La faute très certainement en incombe au héros de ce dramuscule : André Jocelyn est crispant à mort avec sa voix de fausset et son surjeu ; il passe son temps à bouder et à balancer quelques sentences cyniques à la tronche de ses parents, on a vu plus intelligent comme vision d'Hamlet. Il est en charge donc d'incarner cette jeunesse révoltée, gagnée par le spleen (le personnage est plus romantique que shakespearien), indécise, figée dans le confort de son milieu social. Son père est mort, et sa mère (Alida Valli, la seule à tenir un peu son rang) épouse aussi sec le frère de celui-ci, au grand dam de Yvan-Hamlet. Il complote donc une revanche cinglante, sous la forme d'un film accusateur (et raté) qu'il présentera devant le couple pour le confondre. Il est soutenu par Lucie / Ophélia, qu'il convoite contre l'avis de son père. Là aussi, la vision de l'amour selon Chabrol dans ce film semble surgie d'un XIXème siècle tout gris : pas de corps, pas de sensualité, pas de chair. Pour une adaptation de Shakespeare, ça fait mal au sein.
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On pourrait s'attendre à ce que Chabrol (et son cynique scénariste Paul Gégauff) réalise une farce cinglante, qui fustigerait d'un même mouvement les conventions des vieux bourgeois et l'ennui de la jeunesse qui la pousse à faire n'importe quoi. Or, il choisit curieusement la voie du drame, peut-être sous l'influence du film de Laurence Olivier dont on entend des extraits (la seule bonne idée est en effet de réaliser, moins qu'une adaptation d'Hamlet, un film sur les effets qu'a la lecture de la pièce sur un jeune homme des années 60). Le gris, le noir, le terne sont de rigueur, le jeu est solennel, l'humour absent. Loin de fonctionner, ça enferme le bazar dans une sorte d'ambiance mortifère, morne, grisouille, et on a l'impression d'un tout petit drame bourgeois sans importance. Chabrol fait même sentir en sous-trame quelques bons vieux petits secrets adultérins qui frôlent le drame bourgeois ou le vaudeville de la pire espèce. Quand le dénouement survient, très solennel, on est donc pris à revers. A tout prendre on verrait plutôt dans cet Yvan un miroir du Misanthrope de Molière, un gars qui déteste tout et tout le monde sans nuance, complètement inadapté, qui fait de tous ses petits tracas des tragédies énormes, qui voudrait que sa vie ressemble à un roman mais qui se heurte à la réalité. Tout ça pourrait être intéressant, mais butte sur l'incapacité de Chabrol à incarner réellement ses thèses : mal joué, caricatural, triste comme un lundi, à tout petits bras, Ophélia ennuie, met mal à l'aise par son amertume gratuite, soule avec ses postures. Le premier navet de Chabrol ; la liste sera longue...
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