Monsieur Coccinelle (1938) de Dominique Bernard-Deschamps
/image%2F0405316%2F20250729%2Fob_e29f76_vlcsnap-2025-07-29-10h10m59s724.png)
/image%2F0405316%2F20250729%2Fob_cc924c_vlcsnap-2025-07-29-10h11m14s755.png)
On se penche sur l’œuvre de Bernard-Deschamps avec ce truculent Monsieur Coccinelle (Pierre Larquey dans ses œuvres) qui s'avère être une critique en bonne et due forme (mais toute en légèreté comique) de notre petite société française en cette fin des années 30. Monsieur Coccinelle peine pour l'heure à voler de ses propres ailes, petit fonctionnaire se rendant chaque matin tel un pénitent à son labeur parisien (le bureau des statistiques où l'on passe plus de temps à se refiler des dossiers qu'à y travailler) et devant obéir en son foyer à sa vociférante mégère (Jane Loury impitoyable et impayable en Mélanie Coccinelle des plus directives). Une vie bien morne que l'on passe, en attendant de payer ses impôts, à essayer de faire grandir un minuscule cèdre du Liban... Il existe bienheureusement dans la maisonnée des Coccinelle une tante qui, elle, se trouve encore animée par un soupçon d'espoir : la tante Aurore (Jeanne Provost) entretient une longue correspondance avec un certain Illusio (Robert Pizani), magicien de son état. N'ayant point reçu l'accord de ses parents pour convoler avec le magicien, la tante ne vit depuis que par ses lettres qu'elle reçoit du bout du monde. Seulement voilà, le fameux Illusio est rentré en France, à Bordeaux, et devrait bientôt passer la voir... Le choc de cette visite est tel que l'Aurore en tombe raide morte sur son lit... Monsieur Coccinelle, à quelqu'un malheur est bon, reprend vie à l'idée de l'héritage... Il n'est d'ailleurs pas le seul à se frotter les mains en prévision de cette "fête" d'enterrement.
/image%2F0405316%2F20250729%2Fob_da7cd8_vlcsnap-2025-07-29-10h12m33s910.png)
/image%2F0405316%2F20250729%2Fob_0caa78_vlcsnap-2025-07-29-10h12m52s784.png)
Le ton se fait volontairement ironique, il suffit de voir cette petite bande de fonctionnaires qui se rend à la queue leu leu, tête baissée, au travail et qui en ressort tels des gamins, tout à leur joie, dix heures plus tard. La valeur travail a pris du plomb dans l'aile. Le seul véritable moment d'allégresse aura finalement lieu à la mort de la tante : Monsieur Coccinelle se prend un jour de congés et dîne en solo dans l'un des meilleurs hôtels ; mais il n'est pas le seul à se frotter les mains une fois que la nouvelle de cette mort s'est répandue en ville telle une traînée de poudre ; il est vite entouré de toute une foule de commerçants prêts à se faire du beurre sur cette mort : c'est d'abord l'épicier qui lui propose d'organiser un banquet, puis les émissaires des pompes funèbres qui lui soumettent un choix de plus en plus délirant de prestations (la voiture ultra rapide, pour vivre avec son temps...), puis les musiciens de la fanfare qui ont transformé la marche nuptiale en air funèbre... La sœur de Coccinelle et le mari d'icelle, bouchers de leur état, se mettent également rapidement en selle (des mini épisodes d'une certaine drôlerie, avec notamment cette couronne de fleurs mortuaire que la bouchère porte tout au long de ce périple en tandem) pour venir participer au partage des biens de la tante. Derrière ces personnages relativement pathétiques, un peu minables, souvent peureux (Monsieur Coccinelle en tête : il est effrayé rien qu'à l'idée de se rendre dans la chambre de la morte - il en fera même des cauchemars), se cache une attaque en règle de cette société individualiste qui ne pense qu'à son petit profit. Des petites gens que le moindre sou affole. Ceci dit, chaque personnage possède son propre petit ridicule mais prête bien souvent plus à sourire qu'au mépris. A l'image de notre héros quelque peu accablé au quotidien : il a l'air de subir mais une once d'optimisme l'anime ; il essaie ainsi à la moindre occasion de tirer son petit plaisir, sa petite part de joie. Un bon bougre, finalement, comme l'ensemble de ces seconds rôles certes intéressés mais toujours intéressants. Grâce à cette galerie de personnages faibles mais touchants, du fait même de leur faiblesse, à ces multiples petites pointes d'humour et de causticité (les bouchers avides, la ronde des femmes venant saluer Mme Coccinelle avant l'enterrement et leur geste ultra-dramatisé...) et à son ultime rebondissement de bon aloi, le film parvient indéniablement à marquer des points - sur la coccinelle, forcément.
/image%2F0405316%2F20250729%2Fob_429370_vlcsnap-2025-07-29-10h14m02s421.png)
/image%2F0405316%2F20250729%2Fob_42bbf0_vlcsnap-2025-07-29-10h10m41s899.png)