Le Justicier du Minnesota (Minnesota Clay) de Sergio Corbucci - 1964
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Corbucci débute, ou c'est tout comme, dans le domaine du western avec ce film encore trop sous influence classique américaine, qu'on ne peut pas encore appeler "spaghetti", mais qui possède quand même quelques jolis éléments. A commencer par son héros, un bizarre cow-boy assez laid et pas forcément grandiose (Cameron Mitchell est Minnesota Clay). Notre pauvre bougre démarre son aventure au bagne, où il est enfermé pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Corbucci n'aime pas l'inaction, et très vite notre héros s'évade pour aller régler ses comptes avec cette injustice. Il retourne dans sa ville natale pour y retrouver la tombe de sa femme, sa file qu'il a dû abandonner, et surtout Fox (le suave frenchy Georges Rivière), responsable de tous ses maux. Celui-ci est en pleine bisbille avec les Mexicains qui ne souhaitent que sa mort. Clay va alors habilement jouer sur cette opposition, et faire chauffer les deux clans ennemis façon Mifune dans le bon vieux Yojimbo. Heureusement, laissez-moi vous le dire, que notre héros est habile à la gâchette et âpre au mal, car il aura fort à faire pour s'en tirer, d'autant que le film le charge d'une tare qui va le handicaper sérieusement lors du duel final : il devient aveugle, et, façon Shintaro Katsu dans le bon vieux Zatoichi (oui, les références sont très japonaises dans ce film), va devoir bien souvent compter sur son ouïe et son sixième sens pour venir à bout des fâcheux.
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On aime le sadisme avec lequel Corbucci malmène son personnage, dans un film souvent assez brutal (il y a l'exécution d'une femme qui fait froid dans le dos par sa raideur). On aime aussi cette façon de constituer une équipe de bras-cassés (un aveugle, un paysan, une femme et un jeune inexpérimenté) et de l'opposer à une horde de bandits hurlants, patibulaires et armés jusqu'aux dents. C'est vrai que dans la scène d'attaque des Mexicains, on se retrouve un peu déçu : les gars se contentent de tourner autour de la maison façon tir aux pigeons, et se font sagement descendre, trop facile. Mais Corbucci est présent et bien présent dans les autres scènes d'action ; la finale notamment, qui voit Clay affronter le clan de Fox, complètement aveugle, dans la ville. Fox, attablé au saloon, suit tranquillement les étapes de la bataille grâce au son des fusillades qui se rapproche, c'est une idée très cinématographique, dopée par la soudaine plongée du film dans le silence complet : on n'a que les coups de feu, implacables ; la jolie musique de Piero Piccioni se tait. La qualité des comédiens, la construction habile du scénario, et la conviction du réalisateur font le reste : on passe un sympathique moment malgré les défauts (une fin ridicule notamment), en attendant que Corbucci ait trouvé son style.
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