La Trilogie d'Oslo : Rêves (Drømmer) (2024) de Dag Johan Haugerud
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Récompensé par l'ours d'or à Berlin, voilà ce qu'on est en droit d'appeler typiquement un film de "femmes entre elles" (deux hommes, un jeune amant et un psy feront leur apparition sur la fin de façon assez anecdotique ; deux hommes, c'était également la composition totale des spectateurs dans la salle, là aussi pour l'anecdote). Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'on part sur une base terriblement bavarde, en mode commentaire off, procédé auquel on peine généralement à adhérer : une jeune fille de dix-sept ans est tombée amoureuse de sa prof de français et de norvégien ; une idylle qui se trame "à distance" et qui rend notre adolescente toute morose et mélancolique... Elle finira par entrer dans l'antre de cette prof pour partager des moments précieux... Une histoire qui la touchera si profondément au cœur qu'elle le racontera lors d'un récit... Récit qu'elle finira par faire partager à sa grand-mère, écrivaine, et à sa mère... Brisons-là, vous en savez assez.
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Ce "procédé bavard" qui a quelque peu tendance à se supplanter aux images (voilà pourquoi d'ailleurs j'ai tant de mal à aimer Le Roman d'un Tricheur, sorry la Truffe) va malgré tout finir ici par porter ses fruits : cette histoire d'amour, interdite au demeurant (mais qui n'aura rien de scandaleux, je vous rassure, en ces temps de protection absolue du mineur...), est racontée avec toute la sensibilité, la fraîcheur, la candeur de cette ado, récit certes subjectif mais avant tout à fleur de peau ; le récit qu'elle en fera ensuite par écrit, le faisant lire à ses deux parentes les plus proches, permettra de leur donner la parole, de donner la vision d'icelles sur cette histoire "particulière" : des regards de femme, aiguisés, personnels (chacune, issue d'une génération différente, aura son point de vue, fera part de ses propres désirs, de ses propres regrets sentimentaux...), qui donne l'impression que cette histoire finit par échapper à notre héroïne... Ce récit finira même sous les yeux de son crush, la prof, et l'on aura droit à une version encore quelque peu différente de cette histoire... Chacune a ses raisons (la mère d'abord méfiante puis voyant le potentiel de ce récit s'il est publié ; la grand-mère enthousiaste à la lecture puis jalouse de sa petite-fille, ayant perdu le feu sacré de l'écriture ; la prof cherchant à minimiser au maximum cette relation "intime"...)... Certes, mais là n'est pas l'essentiel tant l'on a fini par s'attacher à ce lien justement très pur de cette jeune fille pour cette femme légèrement plus âgée... On comprend du coup encore plus l'intérêt de cette voix off quelque peu envahissante au départ, tant la parole de la jeune fille, au milieu de toutes ces paroles de femmes (on aura droit à beaucoup de discussions entre femmes, discussions qui convoquent autant de notions sur l'amour que de notions littéraires - on croisera même en chair et en os, les sœurs Brontë !) mérite d'émerger, de se faire entendre en premier lieu : la beauté et le trouble de son histoire lui appartiennent, tout ce qui en dérive (tous ces points de vue et ces avis des diverses "commentatrices") ne seront finalement que des scories qui n'auront jamais la même intensité. Si le ton du film peut paraître à la longue un peu morne, un peu trop "classique" (peu d'envolées lyriques malgré cette métaphore filée jouant de la présence de cet immense escalier), il y a un charme évident qui finit par s'en échapper, à l'image de ce regard plein de douceur que la jeune héroïne pose sur les choses, sur son passé, sur cette femme aimée, et à celle de cette séquence finale très rohmérienne et légère. Touchant petit film d'été. (Shang - 09/07/25)
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Un film d'été qui fonctionne encore diablement une fois les grands froids arrivés, croyez-moi. Même s'il est vrai que ce volet est peut-être le moins emballant de la trilogie, on est complètement sous le charme de cette ambiance, de cette adolescente qui se construit doucement une vie sentimentale, de ces conversations humaines et empathiques, de ces personnages qui ont tous "leurs raisons" (la fameuse prof objet des fantasmes de la jeune fille étant peut-être la seule à cultiver une ambiguïté un peu malsaine). Si bien qu'on a envie d'habiter dans ce film, tout simplement, ou en tout cas de partager quelques temps ce magnifique soleil automnal. Haugerund filme magnifiquement sa ville, c'en est une nouvelle preuve ; mais il filme non moins élégamment les petits secrets du cœur si difficiles à capter. Rêves est tout entier bâti sur les minuscules battements de cœur d'une ado qui s'éprend d'une adulte trop belle, trop class, trop parfaite. On n'ira guère plus loin que ça, l'histoire très modeste d'un éveil au sentiment, avec tout ce que ça entraîne de déceptions, de douleurs, de moments de fulgurance. Et ça suffit pour faire un film passionnant. Parce que, mine de rien, le film pose des questions essentielles sur le sentiment amoureux, et le fait avec simplicité, frontalité, franchise. Même si le sexe est soigneusement évité, Haugerund ne se cache pas derrière ses doigts, et parle librement de l'amour, de ce qu'il déclenche, des mensonges qu'il met en place, des dénis qu'il peut dévoiler, mais aussi et surtout de l'immense joie qu'il induit. Le mensonge, le fantasme, sont bien au cœur du film, où ce qui est montré est souvent en porte-à-faux avec ce qui est dit, si bien qu'on ne sait pas si le récit de cette jeune fille est véridique ou le résultat de son érotomanie. En tout cas, ce film, et plus largement la "Trilogie d'Oslo", nous donne à voir des gens qui nous ressemblent, des gens ordinaires, des gens d'aujourd'hui, et rien que pour cette humanité-là, on ne peut que l'applaudir à deux mains. (Gols - 05/12/25)
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