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29 juillet 2025

La Traversée de Paris de Claude Autant-Lara - 1956

"Jambieeeeeeer, 45 rue Poliveau, je veux 3000 francs !" Ça fait du bien, parfois, d'aller taper dans le Grrrand Patrrrimoine Frrrrrançais, et quel meilleur exemple que cette Traversée de Paris, vue et revue dans mon enfance, oubliable certes, mais immédiatement déclencheur de nostalgie. Gabin en bougon audacieux, Bourvil en pleutre, De Funès en boucher vénal, des valises de cochon, l'Occupation, Aurenche et Bost aux dialogues, un artisan habile à la réalisation, et roulez jeunesse : c'est parti pour une petite odyssée dans le Paris nocturne de la guerre pour un buddy-movie bien dans le moule (mettez ensemble deux personnages que tout oppose, faites-les affronter un danger, vous avez un succès). Le profiteur Martin et le grande-gueule Grandgil vont devoir traverser la ville chargés en viande illégale en jonglant avec les barrages d'Allemands, les Français volontiers délateurs, les chiens errants, les arnaqueurs et autres scories, prétexte surtout à se découvrir l'un l'autre dans l'adversité. Autant-Lara documente avec humour et beaucoup de cruauté ce petit monde du Paris occupé, divisé, écrasé sous la misère, à travers une série de personnages certes caricaturaux mais représentatifs d'un certain état du Français moyen sous la domination nazie : petit peuple de résistants, de kapos, de profiteurs, de traficoteurs, contraints de vivre ensemble. Filmant Paris comme une entité menaçante, pleine d'ombres et de recoins inquiétants, où chacun doit se méfier de chacun, il pose deux petits personnages ordinaires dans cette marmite et les regarde s'engueuler, se tirer des mauvais pas, et s'en sortir (ou pas) en bon et brave Français.

Il a à sa disposition le gratin des acteurs de l'époque, et c'est vrai que le film repose en grande partie sur eux. Si Gabin joue son éternel et fatigant personnage de mec de mauvaise humeur, Bourvil sort un peu de son emploi habituel de grand benêt en composant un personnage ambigu, profiteur mais sympathique, lâche mais grand cœur : on finit par aimer ce petit personnage sans envergure. Dans la plus belle scène du film, l'avant-dernière, le ton passe brusquement, en un seul mouvement très rapide, de la comédie bon enfant à la tragédie. Pas assez courageux pour terminer sur cette note sombre, Autant-Lara filme à la va-vite un happy end artificiel, mais pendant un  instant, on a pu entrevoir le potentiel dramatique de Bourvil, et on a pu imaginer ce qu'un auteur moins avide de succès populaire aurait pu faire de cette histoire. La Traversée de Paris est comme ça parcouru de bons moments, d'un potentiel amer et violent prenant, mais reste au niveau de la comédie à succès très classique. Les dialogues bien entendu truculents et l'abattage des acteurs (De Funès est très rigolo), le sens des situations et des personnages, fonctionnent en plein dans ce sens, et les 90 minutes passent toutes seules. Pour cette fois, un satisfecit pour Autant-Lara.

 

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