L'Accident de piano de Quentin Dupieux - 2025
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On attrape notre Quentin Dupieux en flagrant délit d'enfonçage de portes ouvertes et de consensus tiède avec L'Accident de piano. La gars s'y efforce en effet de fustiger les fameux influenceurs crétins des réseaux sociaux et le règne de l'argent qui mène leurs condamnables activités décérébrantes. On a connu le bonhomme plus incisif dans le choix de ses attaques, et on se retrouve un peu déconfit par ce scénario rempli de bonnes intentions. La critique est tellement convenue qu'on se dit que Dupieux doit cacher autre chose derrière tout ça, qu'il ne peut pas s'agir que de dire "Les vidéos débiles de TikTok, c'est mal". On peut alors voir dans cette journaliste avide de scoop une attaque contre la presse, tout aussi vénale ; ou voir dans les personnages qui entourent l'influenceuse du film, agent, fans absolus, famille, une accusation de complicité, tendant à démontrer qu'on est tous coupables de cette débilité, de l'état de la société : une prise de position sartrienne, en fin de compte. Mais c'est sûrement aller chercher trop loin là-dedans : Dupieux réalise une farce morbide, cette histoire semble lui être une nouvelle occasion d'exercer son humour plat, froid, distancé, et ça semble tout. C'est un peu court, mais à tout prendre, on se rappelle qu'il n'a pas réalisé de films super intelligents par le passé, ou alors à l'insu de son plein gré. Ce qui compte, c'est le style. Et de ce point de vue-là, on est gâté avec ce nouvel opus.
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L'entreprise de vidage du plan fonctionne à 100% là-dedans. Le film dans son entier est comme aseptisé, comme retenu, comme s'il était au bord d'une catastrophe mais n'y plongeait jamais vraiment. Il faut quand même être un metteur en scène pour livrer un film d'une telle originalité : tout, du jeu des acteurs (le plus grand rôle d'Exarchpoulos, qui fait une composition effarante, à l'américaine, de son personnage odieux ; une Kiberlain très à l'aise dans ce rôle tout de distance) à la photo, semble vidé, sans émotion, à l'image de cette influenceuse qui s'inflige les pires tortures pour collecter des likes, sans plus réfléchir au pourquoi de ses actes. A l'exception de quelques "pics" d'action, Dupieux fait comme s'il filmait les à-côtés de son histoire, s'attardant sur des personnages sans grandeur (Leklou en fan con, Commandeur en agent soumis). Mais, allez comprendre, on reste fasciné par ce cinéma d'apparence, de surface, faussement vide et con. C'est que le bougre sait relever la sorte d'inquiétude qu'il y a derrière les plans, par un rythme décalé, une musique étrange (ici, une touche de piano désaccordé qui revient sans arrêt), une trouvaille de jeu. C'est complètement indéfinissable, mais ça marche comme jamais, ou disons comme ça n'avait pas marché depuis Le Daim, qui reste son meilleur film à ce jour. Comme dans ce dernier, il invente un personnage drôle et dangereux, un clown psychopathe franchement flippant : crétine, immature, vicieuse, méchante, cette Magalie, star des réseaux sociaux et monstre d'égoïsme, plonge le film dans un aspect beaucoup plus sérieux que d'habitude chez ce cinéaste souvent trop superficiel. Voilà qui compense largement la mièvrerie du discours général. Un des sommets de l’œuvre bizarre du gars. (Gols 08/07/25)
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Dupieux, on le sait, est capable d'oeuvre mineure ; disons-là qu'il creuse encore plus bas que par le passé. Sur le fond, je rejoins totalement mon camarade : la démonstration vire tellement à l'évidence, qu'on se demande franchement ce qui a pu donner l'idée à Dupieux de se lancer dans ce sujet. Une influenceuse sans affect, pire, sans émotion ni compassion aucunes vu qu'elle n'est même pas capable de ressentir sa propre douleur, semble régler sa vie sur une seule voie : sa popularité grandissante et l'argent tout puissant qu'elle perçoit grâce à ses parutions - une influenceuse moderne lambda, conne comme une roue de bicyclette. Ce succès, elle l'obtient en fracassant son propre corps (cela faisant d'ailleurs malheureusement penser à un fait divers récent des plus tragiques) : ses followers, qui doivent n'avoir pas plus de deux neurones dont un bien malade, semblent prendre un plaisir sûrement cathartique à la vision de ces vidéos (la souffrance des autres nous faisant, quelque part, oublier la nôtre - fait chier quand même que Sarko sorte déjà de prison, fi - passons). Une simple connasse imbue d'elle-même, qui traite son assistant comme ses éventuels fans comme de la merde. Rien de bien nouveau dans le monde moderne. Au niveau de la forme, l'ami Gols semble y trouver son plaisir : des images vidées de sens et une musique subtilement désaccordée comme pour être au diapason de ce sujet torve, merdeux. Je veux bien, mais on s'ennuie quand même terriblement, que ce soit lors de cette interview froide comme une pluie d'automne qui dure des plombes ou lors de ces saynètes de torture domestique sans grand intérêt (on a connu Dupieux bien meilleur dans l'absurde, dans le subtil décalage). La dernière partie part quant à elle complétement à vau-l'eau, de la violence pure, histoire d'annihiler toute morale : très bien, mais cela reste aussi passionnant qu'une partie de pendu. On a connu notre cinéaste beaucoup plus inspiré : il nous sert ici une vision si désincarnée et molle d'un sujet d'actualité, qu'on aurait presque envie de se finir sur Tik Tok. Un simple accident ? On l'espère. (Shang 10/11/25)
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