Sur mes Lèvres (2001) de Jacques Audiard
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On n'est pas toujours ultra fan d'Audiard en ces colonnes mais je dois reconnaître que j'ai toujours eu un petit faible pour cette œuvre : un petit faible, tout d'abord, pour ses acteurs, la grande Devos qui excelle, disons-le, dans ce rôle de sourde et qui parvient, à pratiquement chaque ligne de dialogue, à varier l'intensité de sa voix, à lui faire subir des tressautements toujours surprenants, et puis pour (eh oui) ce bon vieux Cassel que j'ai toujours eu tendance à trouver un peu nul mais qui trouve ici, dans ce personnage d'ex taulard un peu concon et brutal, un rôle qui lui va comme un gant (... à chacun d'en tirer ses conclusions) - il a qui plus est une des meilleures répliques du cinéma français de ces trente dernières années : "et surtout les calculs... je suis vraiment... je suis bon, quoi" (cette phrase me tue à chaque fois - bref) ; ensuite, il y a ces nappes musicales de Desplat, quelque chose d'encore assez nouveau à l'époque (avant que Desplat parodie Desplat ?) des nappes qui donnent au film une atmosphère assez "planante" du meilleur goût ; enfin, il y a cette façon très spéciale de filmer certaines scènes (notamment les scènes teintées d'un vague érotisme), des scènes lors desquelles toute une partie du plan baigne dans le flou, dans le noir, une sorte d'obstruction du sens de la vue qui "illustre" joliment d'une certaine façon ce sens déficient de l'ouïe de notre héroïne.
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Et l'histoire ? L'histoire, c'est surtout ce curieux acoquinement entre deux personnages jusque-là en "marge" de la société (il sort de zonzon, la surdité d'icelle l'empêche d'être vraiment en phase avec son entourage), deux personnages qui, en s'alliant, vont devenir plus forts : pour elle, il va s'agir de faire son trou dans cette boîte (petite secrétaire mal considérée par les commerciaux en charge de la mise en place de chantiers, elle gravit progressivement les échelons) grâce aux méthodes quelque peu radicales de son acolyte (vol de dossier, intimidation physique...), pour lui, il va s'agir de faire le coup du siècle (elle lit sur les lèvres d'un malfrat, qui prépare un gros coup). Des intérêts personnels qui les rapprochent, sans que l'on sache réellement jusqu'où peut s'étendre (d'un point de vue sentimental) cette entente... On s'observe beaucoup, on se parle à demi-mot, on se tourne autour, le flou et l'indécision du présent (combien de temps cette entente entre la carpe et le lapin peut-elle véritablement durer ?) comme du futur (une fois parvenus à leur but respectif, vont-ils malgré tout continuer le chemin ensemble ?) plongeant l'ensemble du film dans une drôle et étrange ambiance... Bien qu'il ne se passe pas grand-chose, finalement, sur deux heures (le récit s'accélère seulement sur la fin), on est tenu en haleine par ces deux individus qui donnent une très grande intensité à leur personnage respectif... Audiard, grand directeur d'acteurs avant tout ? Ce film, sur ce plan, est plus que parlant. Un film en apesanteur.
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