Château Rouge (2024) de Hélène Milano
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Voilà un documentaire (merci l'Acid - pourquoi merci ? Il faut toujours remercier l'Acid, c'est tout) sur le collège (rah pouah, encore ?) qu'il serait bon, dirais-je, que chacun voie (je pèse mes mots) tant il s'agit d'un sujet sur lequel tout le monde a son avis, tout le monde semble être dans son bon droit d'en parler (ah ben, attends, je connais, j'y étais il y a trente ou quarante ans - un peu comme le cinéma, en fait, détournez ce regard merci), sur lequel la plupart semble s'accorder sur le fait qu'il s'agit d'une institution qui n'a pas évolué (bon ben dis-moi, c'est quoi un CPE, un PAP, un groupe de besoin ? Je sais pas moi, mais ça sert à rien, non ?) mais dont peu de gens savent vraiment aujourd'hui ce qui s'y passe, pour le pire comme pour le meilleur. Milano, avec les vraies qualités de tout bon documentariste qui se respecte (faire oublier la caméra aux acteurs comme aux spectateurs), se focalise ici sur l'essentiel : les élèves. Certes, des profs, des surveillants, des cpe, des conseillers d’orientation, voire une principale traverseront l'écran, mais l'essentiel est toujours de revenir sur les élèves : leur comportement, en classe, en colle, face aux adultes mais surtout, et c'est le petit truc en plus, face à la caméra (hors classe...) de Milano ; même si leur parole, face aux divers interlocuteurs de l'établissement, demeure souvent franche, sincère, Milano parvient à leur tirer quelques "avis" personnels (pour ne pas dire leur véritable état d'âme) qui permet de donner un éclairage complémentaire sur leur vision de l'école.
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Il ne s'agit point ici de juger qui que ce soit (l'ensemble du personnel de ce collège public de la Goutte d'or fournit un travail professionnel de qualité - désolé Sarko et tous les ministres de l'éducation successifs qui font confiance au privé, ces établissements définitivement irréprochables (j'ai bien un contre-exemple mais...)) mais de donner une image du fonctionnement de l'établissement tout en montrant comment ces différents collégiens tentent (ou pas) de s'y adapter. Milano, entre deux immersions dans l'établissement, livre quelques pastilles en guise de respiration : cela va d'une scène de danse (magique) à des gros plans sur ces ados "figés" et cela nous permet indéniablement de prendre un peu de recul sur ce monde "entre les murs" ; ce qui est relativement pointu , c'est que son doc, résolument à hauteur d'élève, permet à qui que ce soit (et dieu sait que je ne suis pas un prof... oups) d'ouvrir une fenêtre, sur le ressenti de ces êtres en milieu scolaire, qui n'est en rien évident, ou purement banal (et que l'on soit du milieu ou non, cela remet forcément en perspective, par la bande, les forces tout comme les faiblesses de ces "établissement d'accueil"). Un vrai beau travail de patience et d'immersion, d'empathie aussi, bref, vous l'aurez compris, un Château fort. (Shang - 26/02/25)
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En accord avec mon camarade, ayant suivi à ses côtés pour l'occasion les aventures de ces petits Troisièmes face au grand vide de la vie : les voilà à un tournant de leur scolarité, invités à décider ce qu'ils veulent faire de leur avenir en cochant des cases qui leur semblent pour l'instant mystérieuses. Devront-ils se résoudre à faire un BTS tourisme alors qu'ils se rêvent champions de foot ? Devront-elles signer pour un avenir tout tracé en infirmière alors qu'elles en sont encore aux temps où on joue à la poupée ? C'est surtout ces moments-là que le film capte : l'arrivée soudaine du monde des adultes dans cet univers encore très enfantin, la violence que c'est pour ces gosses de devoir faire des choix qu'ils imaginent définitifs. Milano capte comme rarement ce qui constitue un ado : cet étrange mélange de grand sérieux et de gaminerie, cette envie de continuer à jouer mêlée à cette injonction au sérieux. Les collégiens qu'elle a trouvés sont regardés avec une rare intelligence. Surtout, elle a su gagner leur confiance, ce qui n'est pas chose aisée à leur âge, et parvient à attraper leur parole, souvent fulgurante, leurs petits gestes, attendrissants, leurs grands élans (cette scène de danse entre garçons est la plus belle du film, tant elle donne à voir la virilité, la fragilité, l’abandon, la crânerie, le sérieux, le sens du jeu de cet âge-là) avec une tendresse et une acuité formidables. On découvre tout un monde inconnu, une société "parallèle" qu'on ignore bien souvent, faute de communication avec cette période difficile de la vie. Rien que pour ça, Château Rouge est passionnant.
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Quand elle s'enferme au collège, et filme les cours, les rencontres entre pions et élèves, les heures de colle, les conflits et les rendez-vous aux parents, etc., Milano est tout aussi compétente, bien que plus classique. Là aussi, on pénètre un monde inconnu, régi par des adultes remarquables d'intelligence et d'écoute. Le portrait de l'Education Nationale pourrait paraître angélique, mais la réalisatrice sait aussi apporter les contre-points, montrer les impasses du système sur certains élèves, comment les beaux discours buttent sur tel garçon qui refuse l'école, comment les conflits ne se résolvent pas forcément. Dans cette partie plus immersive (c'est peut-être le défaut du film, être un peu déséquilibré entre la présence très marquée de la caméra face aux élèves et aux profs et ces scènes presque objectives dans la classe : manque de style précis), on regarde fasciné les moments de pure vérité que Milano arrive à capter, une authenticité complète et un regard amoureux sur ces personnages faisant le reste. Pour moi qui ne suis pas du milieu, c'est une leçon et une formidable plongée dans le collège. Passionnant et émouvant. (Gols - 15/03/25)