By the Stream (Suyoocheon) (2024) de Hong Sang-soo
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Serait-ce un conte d'automne rohmérien sur la futilité et la solitude ? Un simple trame rivettienne où quatre jeunes actrices viendrait mettre du baume au cœur à un artiste sur la touche. Non, on n'est bien dans un film typique du gars Hong, où les scènes autour du table s'étirent à l'infini, où les cadavres de bouteilles vides trainent leur ennui, où les discussions alcoolisées prennent des allures plus souvent qu'à leur tour de brosse à reluire. On doute, on boit, on s'échauffe, on se sourit, on se confie, on se réchauffe... Une prof d'université (l'immuable Kim Min-hee sur laquelle n'ont de prise les années) confie à son oncle (ancien artiste au rebut) la mise en scène d'une courte pièce de théâtre - pour être sur le même pied que les autres département ; il n'a que dix jours, le précédent metteur en scène ayant semble-t-il quelque peu abusé de sa position (aurait-il flirté avec l'une des élèves ? Euh, avec trois, parallèlement !!! Eh be mon cochon) ; notre homme (modeste Kwon Hae-hyo qui semble s'être assis sur sa gloire depuis longtemps) va être bien accueilli, non seulement par sa nièce toujours encourageante, mais également par les quatre étudiantes, malléables, et par la supérieure de sa nièce, fan invétérée de cet artiste exilé (il tient dorénavant une librairie désertée en bord de mer - la marque des plus grands). Des discussions de travail mais surtout beaucoup de réunions autour de tables (au menu anguille et liquides divers) vont rythmer la mise en place de cette création.
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On picole, on picole, as usual, mais on s'énerve peu, ici, l'artiste, assagi, ne semblant plus guère chercher à convaincre... Chacun semble d'ailleurs, d'une certaine façon, comme se laisser emporter par ce calme courant de la vie, nos principaux personnages se retrouvant d'ailleurs (d'où le titre modeste) le plus souvent au bord de canaux ou de rivières au débit limité... Notre artiste, esseulé, retrouve ici un peu de vie au milieu de ces femmes, au milieu de ces fans et si sa création théâtrale ne respire pas l'inspiration des grands soirs (il avoue lui-même avoir écrit la chose en dix minutes...), l'essentiel semble devoir ici se trouver ailleurs : trouver paisiblement sa voie à travers l'art, savoir ce vers quoi l'on aspire (très belle petite confession de foi de nos apprenties comédiennes qui, sous l'égide de l'artiste, essaient à tour de rôle de définir ce vers quoi elle veulent tendre...), voire (re)trouver l'âme sœur... On sent dès le départ que la cheffe de département a un petit pincement au cœur pour l'artiste et que ce dernier n'est pas totalement indifférent à cette attention inattendue. Une piste, une fausse-piste ? On reste toujours scotché devant ces scènes qui durent des plombes et qui semblent pourtant réglées au préalable comme du papier à musique (le naturel proprement confondant de chacun) mais on se retrouve, doit-on aussi l'avouer, un peu mollement porté parfois par ces échanges qui n'ont rien de franchement bien saignants... Un certain zen automnale habite cette dernière mouture tout en douceur : et si les feuilles tombent parfois avec nos paupières, on reste malgré tout charmé par le petit charme désuet qui s'échappe de cette histoire où l'artiste finit par trouver "confortablement" ses marques. Du bon streaming.
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