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18 juin 2025

Il était une Fois Michel Legrand (2024) de David Hertzog Dessites

On les enquille les bios en hommage à ces chers grands compositeurs de musique de film... Eh oui, il est grand, Legrand, car imaginez un film de Demy sans la musique du Michel. Ce serait à peine un demi film, un demi verre vide, juste un défilé de couleurs au mieux... Qui était Michel Legrand ? A en croire la première bobine, un sacré connard caractériel : perfectionniste, certes, mais capable de parler à ses collaborateurs comme des chiens. Même Lelouch aurait eu envie de lui casser la gueule... On assiste notamment à la mise en place d'une répétition d'un orchestre qu'il va diriger en Pologne et le moins qu'on puisse dire, c'est que Legrand ne se montre pas sous son meilleur jour, traitant son entourage comme un petit cabot capricieux. Un fois cela encaissé, pourra-t-on franchement s'en remettre ? Mais bien sûr, car derrière cet aspect éminemment plaintif et gueulard se cache un type avec une énergie, une créativité, une folie musicale capable de tout emporter sur son passage... Après des années de formation (rugueuse) au piano notamment chez sa "maman de solfège", véritable matrone sans concession, notre ami Michel va vite devenir un arrangeur incontournable dans la chanson française, croisant les plus grands, avant de se lancer dans la musique de films, enquillant d'abord les bides, puis les chefs-d’œuvre avec Demy, partant aux States, enquillant là encore les bides, avant d'atteindre à la reconnaissance, que dis-je, la consécration avec  L'Affaire Thomas Crown... La dépression, malgré l'Oscar promis, l'atteindra, mais notre homme à la baguette, aux sourcils de feu, au sourire si doux, se relèvera et continuera, debout, de créer des compositions toujours aussi surprenantes. Des mélodies jazzy, mélodieuses, cuivrées, lyriques à mort, Legrand étant presque capable à lui seul de pouvoir rendre un film de Lelouch regardable - j'ai bien dit presque, hein, à l'impossible nul n'est tenu. Le doc se fait de plus en plus touchant à mesure que l'on approche de ce Legrand vieillissant implacablement, voire très affaibli, mais capable, alors même que la mort est sur son épaule, de livrer un ultime concert à l'énergie, tenu littéralement en l'air par sa seule baguette... On sent comme jamais à quel point la musique est pour lui plus forte que tout, le tenant jusqu'au bout debout, digne, royal. Ces quelques images sur ce dernier concert sont franchement très fortes...

Alors ensuite que dire de l'ensemble : riche en archives, en interviews de toute sorte, en images de films, on sent que le boulot, sans véritable concession puisque ne cherchant pas à cacher l'aspect plus sombre du créateur, est bien réalisé, dans les clous... On aurait certes aimé (l'ombre du doc de Tornatore sur Morricone nous rendant exigeant) voir, entendre, un peu plus Legrand faire des essais, le voir composer, hésiter, revenir sur ses inspirations, les fignoler (...) mais bon, ce n'est pas forcément évident en un peu moins de deux heures de temps... On a tout de même la chance de voir notre homme, follement éclectique, évoluer dans de multiples contextes (épaulant Nougaro au piano, dirigeant un orchestre symphonique, poussant la chansonnette avec Streisand, jazzant dans un club nippon...), constatant à quel point l'homme a eu un impact évident sur ce XXème siècle musical. Once upon a time a great French composer, definitely !  (Shang - 29/12/24)

 

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Shangols expose son côté midinette en clamant de concert la beauté de ce doc sur l'idole Legrand, aussi emmerdant quand il part dans ses "Tiiilabadibadamdamtilalala" que génial quand il pond "Tous les moulins de mon coeur" ou la chanson de séparation des Parapluies de Cherbourg (que je ne peux littéralement pas écouter sans verser un seau de larmes). Tout à fait d'accord avec mon Shang pour noter la même émotion qui grandit peu à peu dans le film, pour culminer avec ce concert magnifique (mais pas très écoutable, je trouve) qu'il a servi à bout de forces en 2018 : on sent que c'est la musique qui tient notre homme debout, qu'elle a de tous temps été sa consolatrice, sa raison de vivre... bien plus que les femmes ou l'argent ou la gloire. La vie privée de Legrand est à peine évoquée, et c'est tant mieux : on se concentre sur sa carrière, jalonnée de bides et de succès, avec toujours le même retour des cinéastes avec lesquels il a travaillé (beau témoignage entre autres de De Broca) : Legrand est un chieur capricieux et injuste, mais un putain de génie, travaillant dans l'urgence, une bête d'exigence et un génie de la mélodie. Dommage, de fait, qu'on entende aussi peu sa musique dans le film : les chansons du début notamment, sont systématiquement coupées, et il faudra se contenter de courts extraits pour se faire une idée de la grandeur du gars (la force de sa musique pour L'Affaire Thomas Crown, qui "fait" presque le film, et pour Le Sauvage, qui donne toute leur magie aux images, aurait mérité une meilleure analyse). On rage de ne pas en avoir plus, surtout que le film s'attarde trop sur ses gros tubes connus de tous (pour Demy) et pas assez sur ses créations moins célèbres. 

Le film est toutefois intéressant dans son montage. Le réalisateur, sans en faire trop non plus, éclate la chronologie; nous donnant à voir l'artiste comme un puzzle morcelé : tout tourne autour de ce fameux concert final, où on revient toujours comme un fil rouge, et autour le gars brosse dans un relatif désordre des bribes du Legrand débutant, un petit duo avec Streisand, une notation biographique personnelle, une intervention de cinéaste, une image d'archive marrante, etc. Cette construction originale empêche de s'ennuyer face à un homme après tout très secret et pas très passionnant en-dehors de sa musique. Alors oui, il manque, encore et toujours dans ce type de portrait, des réflexions techniques, des questionnements sur ce qui fait réellement la singularité de cet artiste ; bref il manque la musique. Mais c'est compensé par une réelle admiration que Hertzog Dessites arrive à transmettre par l'émotion, par la beauté de ses images ou sons d'archive (les recherches autour de la chanson des jumelles des Demoiselles de Rochefort, génial), par la singularité du musicien qui a laissé une trace indélébile chez tous ceux qu'il a côtoyés. Le(plus)grand.  (Gols - 18/06/25)

 

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