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15 novembre 2024

Bâtiment 5 de Ladj Ly - 2023

En voulant filmer la fin d'un monde et des bâtiments en ruine, Ladj Ly a surtout réussi à signer la fin de son état de grâce et l’ensevelissement de son mojo sous les décombres. On ne retrouve rien de ce qui faisait la beauté, la colère, la vérité des Misérables dans Bâtiment 5, film caricatural, manichéen, simpliste et mal foutu. On est pourtant peu ou prou dans le même univers, que Ly connait bien : les banlieues déshéritées, les barres d'immeubles vétustes, et cette population immigrée survivant dans les locaux crasseux et insalubres. Pour lutter contre ce problème, le maire du bled (Alexis Manenti, très mal à l'aise dans ce rôle qui lui va comme une moufle à une poule naine), brave type centriste et pratique, décide de raser tout ça... et tant pis pour la population. La colère gronde, la situation s'envenime, d'autant que face à l'élu se dressent plusieurs problèmes : un adjoint à la limite de la corruption, et une jeune fille qui dresse les habitants contre le projet de destruction en se présentant aux élections. Dès le départ, après une première scène plutôt réussie (difficile même de mourir dans un immeuble où l'ascenseur est en panne), on sait que le film va dans le mur. La faute aux personnages, binaires, trop engoncés dans leur statut, trop soigneusement partagés entre gentils et méchants (seul le maire paraît nuancé, avec son clientélisme mêlé de sévérité). On veut bien que la rage de Ly le fasse se ranger du côté du peuple contre les édiles ; mais pour que la critique soit efficiente, il aurait fallu un peu mieux dessiner ces dernières : là, elles paraissent déconnectées de la réalité, jamais crédibles. Bref, le contexte, l'arrière-plan ne sont pas  crédibles, et le cinéaste a perdu l'aspect cinéma-vérité qu'il maîtrisait parfaitement. Abusant de plans au drone censés donner de la puissance à la chose et filmer ces territoires urbains comme un opéra, Ly rate même sa mise en scène : les scènes d'émeute notamment sont pâlichonnes, tout comme cette tragédie finale, qui manque de souffle (la faute surtout aux acteurs, qui n'ont vraiment pas les épaules pour une situation aussi tendue). On dirait presque que Ly est devenu timide ; pour filmer un tel contexte, ce n'est pas la qualité qu'il fallait le plus mettre en avant. Gros ratage.

 

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