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2 novembre 2024

Megalopolis de Francis Ford Coppola - 2024

Quelles que soient les critiques qu'on a pu faire ou qu'on fait toujours à Coppola, on ne peut lui enlever un fait : il crée des films-monde, refermés sur eux-mêmes, des visions complètes et cohérentes, qu'il sait ramasser sur quelques heures de métrage pour donner des créations complètes, inouïes, et qui ne ressemblent qu'à lui. Au bout des 145 minutes de Megalopolis, c'est le même effet qu'à l'époque avec Apocalypse Now, Rumble Fish, Dracula ou One from the heart : on est lessivé, énervé, mais on a l'impression d'avoir traversé le temps dans une autre dimension. Il y a quand même un indéniable génie dans ce foisonnement incroyable d'idées, dans la cohésion de l'univers proposé, dans ce style no-limit, dans cette absence totale de scrupules, dans ce jusqu'au-boutisme qui débouche sur un OVNI, un parangon de mégalomanie et de crânerie, un machin qui veut tout brasser : histoire, philosophie, arts, architecture, cinéma, mythologie, science-fiction, péplum et politique. Il y a 15496 idées dans le film, 15000 sont mauvaises, ou kitschs, ou ridicules, ou too much, mais peu importe : on est embarqué et admiratif devant le monde créé par Coppola.

New-York, Rome, même combat : le film nous présente un monde en pleine déliquescence, qui se rapproche de la décadence des dernières années de la Rome antique, comme Fellini à une époque (seule référence à laquelle on pense un peu par-ci par-là). Dans ce contexte, deux personnages s'affrontent, représentant chacun une conception de l'avenir : d'un côté Cicero (Giancarlo Esposito), maire de la ville, qui ne croit qu'en la croissance, en l'efficacité, au concret ; de l'autre, Cesar Catilina (Adam Driver), architecte utopiste qui a imaginé un New-York tourné vers la poésie, le bonheur, la philosophie, la famille (les images niaiseuses de son monde parfait font froid dans le dos, mais on comprend l'idée). Ces deux-là se disputent sur fond de ruines, leur combat virant de plus en plus à l'abstraction : Cesar est capable d'arrêter le temps, devient presque un magicien, un mystique, bien aidé par sa propension à l'auto-destruction. L'arrivée dans sa vie de Julia (Nathalie Emmanuel), fille de Cicero, personnage enfin un peu lumineux dans ce monde détruit, va métamorphoser notre architecte de génie, et lui donner un nouvel élan. Il faut aussi ajouter au tableau un homme d'affaire trumpien assez dégueulasse (John Voight) et son fils, archétype de la pourriture qui s'est emparé de tout (Shia LaBeouf, grand-guignolesque).

Tout ce petit monde s'ébat au sein d'un univers spectaculaire qui mêle motifs contemporains, imagerie antique et délires coppolesques (les nuages qui courent à toute vitesse, cet attrait pour le vide, des costumes impressionnants). Monté de main de maître, le film alterne les fulgurances (il y a quelques plans sublimes, si on fait fi de ces images numériques qui saturent tout ça) et les horreurs visuelles. Au milieu de ce gloubi-boulga mystico-new-age, quelques éclairs de beauté : un baiser donné en apesanteur dans le ciel, une scène de mariage orgiesque vraiment géniale, une exécution façon Godfather qui rappelle le grand cinéaste de jadis... des inspirations qui durent parfois le temps d'un plan fugace, mais qui témoignent quand même de la présence d'un grand cinéaste derrière ce gros barnum étouffant. On est littéralement enseveli sous les plans, le film est ardu à suivre tant on a l'impression de sans arrêt lui courir après, mais au bout du compte, on sent qu'il y a là une vraie sincérité, une vraie envie, une vraie urgence par-delà le fric monstrueux et les effets ridicules. Surtout on sent que malgré le générique de 15 minutes, Megalopolis est l'expression d'un seul homme, un film à la première personne comme il est si rare d'en trouver : s'y montre une personnalité originale, un regard singulier et sans pudeur. Que le monde décrit soit ridicule, que Coppola n'ait pas réussi à se brider lui-même sur certains excès, qu'il manque là-dedans un regard extérieur pour l'empêcher de partir trop loin, n'empêche pas la chose : on a là un vrai film de cinéaste, discutable, plein de défauts, maladroit, mégalo, mais hyper cohérent. Qui peut faire un tel film ? (Gols 02/10/24)

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Je crois que j'avais décidé d'arrêter avec Coppola après L'Homme sans âge - aucun doute maintenant, j'aurais dû... Au-delà de ce qu'en dit mon comparse (création d'un monde... orange et numérique, genre de carte postale new-age plus ridicule que novatrice ; quelques scènes à sauver, mouais (il en cite trois, soit trois minutes sur deux heures de temps - le pire étant que je n'en vois point d'autres...), on a encore et toujours l'impression que le mégalocinéaste Coppola brasse des millions pour accoucher d'une vision un peu ras-des-pâquerettes (dur quand il s'agit de New York) : un bon génie saura sauver l'humanité, même les pauvres finiront par logement trouver : merci Macron, merci patron, pardon, merci César, architecte triomphant de ce maire poujadiste et de ce fils de banquier trumpiste par trop opportuniste et démago. Tout est ici noyé sous des références antiques que tout bon latiniste de première année saura reconnaître : et tout cela pour quoi ? Hein ? J'entends rien... Voilà une œuvre qui, nous dit le maestro, annoncerait l'avenir, dont l'on pourra seulement reconnaître toute la valeur prophétique dans 20 ans ? Mouarf, plutôt l'impression que le Francis a deux mille ans de retard et qu'il se sert de cet écrin tape-à-l’œil pour nous livrer un énième récit de famille (intime - les Coppola, une mafia cinématographique) où haine et trahison sont loi - et dont lui seul possèderait les clés... On a beau essayer de prendre la chose par tous les bouts, de s'intéresser à tel ou tel personnage, rien n'y fait, la chose manque terriblement de liant et le final, d'un manichéisme (d'école) primaire, lénifiant... La création serait-elle capable d'arrêter le temps ? Faut croire que non vu que ma montre m'a illico prouvé que j'avais bien perdu deux heures vingts du mien. Pauvres sont ceux qui aimeraient y trouver des références au Métropolis de Lang, cinéaste, lui, véritablement créatif et visionnaire. On sort de ce Coppola-là las, lalaland de pacotille qui nous ferait presque regretter le bon temps des péplum en carton pâte qui sentaient au moins la poussière et la sueur sous les bras de ces gladiateurs poilus. Tout est ici satiné, peuplé de mort-vivants inutiles (Dustin Hoffman ???? pourquoi pas Hervé Vilard aussi ?) qui se prennent tellement au sérieux qu'ils touchent au pathétisme et à la vacuité absolus. Qui devait faire un tel film ? (Shang 02/11/24)

 

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