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25 octobre 2024

LIVRE : Mémoires, chacun pour soi et Dieu contre tous (Jeder für sich und Gott gegen alle) de Werner Herzog - 2024

Les voici donc ces fameuses mémoires du gars Werner qui viennent donc d'être tout juste traduites en français. Au programme ? Les années de jeunesse (celles sur lesquelles il s'était fait le plus discret jusqu'à présent), le tournage mouvementé de ses films (bien sûr), sa passion indéfectible de la marche, ses amis, les femmes de sa vie, ses petites "théories" anti-théoriques (un oxymore un peu facile, j'avoue), ses voyages, ses rôles au cinéma, etc... Ayant déjà vu un petit paquet de doc sur le type et lu quelques rares bouquins sur le cinéaste, il était légitime d'avoir peur de quelques redites ; il y en a, bien sûr, notamment sur les aléas de ses tournages (D'Aguirre à Fitzcarraldo en passant pas son œuvre géniale sur les nains...) mais il fait tout de même, on le sent, souvent l'effort de se livrer de façon un peu plus intime que par le passé... En revenant notamment sur ses premières années auprès de sa mère et avec son brother, on découvre pourquoi le gars est si imperturbable, jamais plaintif (son côté Droopy - un petit traumatisme maternel qui ne mange pas de pain...)) ou sait en toute occasion se retenir de partir en vrille (son côté contrôle total de soi - une petite baston avec son frère ayant laissé des traces dans son esprit, for ever) ; des années rudes, dans un environnement rugueux (l'après-guerre en Allemagne : on l'a connue plus éblouissante économiquement...) mais une période qui lui permit plus de forger son caractère que de le rendre prompt aux apitoiements. Il parle sans détour de ces années de formation tout comme il parlera, avec le même allant, des différentes femmes qu'il a côtoyées, femmes qui l'ont aidé dans son taff, femmes avec lesquelles il a rompu sans jamais trop de drame. Cela pourrait paraître un poil anecdotique s'il n'y avait pas dans les pages qu'il leur consacre tout la bonne vieille pâte humaine de ce Werner - un Werner humble qui ne cherche jamais à se mettre en valeur ou à se plaindre et toujours à voir le bon côté de ces moments partagés.

 

Alors oui, bien sûr, c'est forcément au niveau de ses concepts sur le cinoche qu'on l'attend le plus... Là encore, on retrouve toute l'ironie froide de notre gars qui, lorsqu'il évoque les formations qu'il donne sur le cinéma, fixe deux priorités : savoir falsifier des papiers (cela évite de perdre du temps avec les autorisations de tourner...) et savoir s'introduire n'importe où (le pied de biche semble bien plus important qu'un pied de caméra). Celui qui veut tourner, de toute façon, tournera : oui, ok, il reconnaît avoir chouré sa première caméra (mais s'en est-on jamais aperçu dans cette institut allemand ?) - l'essentiel restant de s'entourer de bons techniciens, ce qu'il eut toujours soin de faire... Il consacre forcément un petit chapitre à cette fameuse "vérité extatique" qu'il poursuit (en opposition à ce "fallacieux" concept de "caméra-vérité" - j'ai beau saouler Gols depuis des décennies avec cela, il continue de rester sceptique face à mes explications : on ne se refait point), livre quelques petits détails poilants sur sa façon de jouer avec cette soi-disant vérité (la citation de Pascal en ouverture de Lesson of Darkness ? Ouais, elle est de lui, ok, mais Pascal n'aurait pas fait mieux...), ainsi que l'origine de certaines des scènes les plus hallucinantes de ses œuvres (le nain qui fait des tours infinis dans sa bagnole ?) Werner a toujours de quoi puiser dans ses propres expériences, ses propres souvenirs... pas forcément utile de chercher tout le temps une métaphore à la con... tout comme d'ailleurs cette classique "métaphore" du bateau fitzcarraldien qui traverse la montagne... Il veut bien reconnaître qu'il s'agit là d'une métaphore (ahah, enfin !!!!) mais de quoi, lui-même n'en sait foutre rien (ohhhhh !)).

 

Herzog n'hésite pas pour la peine, également, à puiser dans ses archives personnelles (celle de sa famille et de sa grand-mère en particulier), à donner quelques extraits inédits de certains de ses journaux intimes (cette marche autour de l'Allemagne avant la réunification, ce récit très poignant lors du tournage de La Ballade du petit Soldat au Nicaragua...), à évoquer ses relations privilégiées avec quelques artistes et autres personnes un rien azimutées (Kinski, of course, qu'il connut tout jeune - et déjà totalement starbé...) ou à dévoiler ce qu'il ressent en s'auto-parodiant dans des films ou des dessins-animés (la quintessence de l'humour bavarois - un truc encore plus obscur que l'humour anglais...). On voit bien qu'il a bien conscience d'être devenu une sorte d'icône... mais qu'il sera le dernier à se monter le melon par rapport à cela (natürlich - on n'est pas non plus totalement dupe... tout comme lorsqu'il se targue de ses talents d’hypnotiseur, eheh). Le fait est, restons sérieux deux minutes, que ces 400 pages se lisent comme du petit lait tant l'on sent, malgré tout, toute l'honnêteté et la sincérité de ce roi de la mise en scène documentaire (Gols s'étrangle), de ce type brut qui n'a jamais cherché à prouver quoi que ce soit, qui est toujours resté fidèle à lui-même, de ce gars qui a su repousser toutes les limites aussi bien géographiques qu'humaines. Un bon bouquin, à son image, dieu soit loué.

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