Made in China (2005) de Julien Selleron
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Après ses premiers succès critiques en Europe, Jia commence d'attirer l'attention et le frenchy Selleron le suit ici alors qu'il va entamer le tournage de The World. Une coproduction avec le soutien officiel de Shanghai et de Hong-Kong, qui commence malgré tout à se tourner dans une certaine clandestinité... Une clandestinité "pour la forme" car Jia, s'il ne veut pas mettre le bureau de la censure devant les faits (en avouant qu'il a commencé de tourner depuis quatre mois sans autorisation et ce avec un chef-op également interdit de tournage), sait très bien que le vent est en train de tourner et que le film pourra se faire... Quant à sa distribution là encore "officielle" en Chine dans des salles de cinéma (on ne peut trouver ses précédents films, à cette date, qu'en édition DVD pirate - et je sais de quoi je parle...), la question reste encore posée... Mais la Chine évolue si vite, que Jia garde la foi. Puisqu'on parle de DVD pirate, justement, Jia exhibe ici sa collection, en montrant avec une certaine dévotion ses films cultes tels que La Notte d'Antonioni ou encore les films de Bresson. Jia, fan de films, forcément, mais que l'on découvre également être particulièrement superstitieux : la date de tournage est fixée à la minute près pour avoir plus de "chance de succès"... Une croyance très "pratique", comme il l'explique, mais qui finalement ne jure pas vraiment avec les croyances plus matérielles que spirituelles de son pays et de son temps.
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Le cinéaste revient sur l'importance de la musique pop dans ses films ainsi que celle de la danse, autant de formes d'art populaires dans les années 80 et 90 qui permirent aux Chinois, de tous âges, de libérer leur corps (et leur voix) ; on découvre d'ailleurs Jia chantant de façon tonitruante dans un karaoke et il est à espérer qu'il fut lors de cette séquence totalement bourré ; sinon, on a franchement les mêmes limites au niveau du chant... Il est bien sûr ici question également de ses films, en particulier de Xia Wu et de cette fin si étrange : la caméra filme le héros pickpocket qu'un flic attache avec des menottes à un pylône avant de panoter sur la foule de curieux qui regarde le tournage... Un regard mi-hagard, mi gêné et une scène qui, pour Jia, continue de transmettre les "émotions" troubles, dans l'entre-deux, de ces années-là : une Chine, alors en pleine mutation, qui plonge la population, dirons-nous, dans un même état de perplexité, d'incertitude... Avec The World, le cinéaste avoue son projet de filmer une histoire "vraie" dans des décors totalement factices (à l'image de ce couloir de karaoke qui semble sortir d'un vaisseau spatial) : dans ce monde chinois en mutation, dans ce monde de plus en plus factice, comment surnager... On achève ce doc d'un peu plus d'une heure avec un Jia en ses terres, marchant dans les rues de Fenyang, puis encadré dans le canap' familial par ses deux parents - des parents fiers de leur fiston sans avoir vu (et compris ?) la totalité de ses précédents films... Tout un symbole entre ces deux générations, ces deux mondes ? Possible...
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