Les Fantômes de Jonathan Millet - 2024
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Excellent et envoutant petit film d'espionnage que ces Fantômes, qui trouve un ton très original au milieu des codes du genre. Le postulat de base, déjà, est intrigant : Hamid, jeune Syrien immigré en France, est un ancien prisonnier de guerre, torturé en bonne et due forme durant son incarcération par un homme mystérieux dont il n'a jamais vu le visage, et qui fut un véritable tortionnaire sadique pour plein de prisonniers. On apprend vite que Hamid est désormais engagé par une organisation secrète chargée (de façon un peu artisanale) de retrouver les criminels de guerre, et notamment ce bourreau. Hamid pense avoir mis la main sur lui sous la forme d'un étudiant, qui va devenir son obsession, obsession qui vire à la folie. Comment être sûr, en effet, quand on n'a de lui qu'une photo floue, une voix, une odeur, une impression ? Silencieusement, obstinément, Hamid suit cet homme, traquant le moindre indice pouvant le trahir.
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C'est dans le silence que se déroule cette quête obstinée, cette traque obsessionnelle. Le secret est le maître-mot du film, et donne des scènes murmurées, où les comédiens, toujours à quelques centimètres l'un de l'autre, échangent des informations à mi-voix, dans un souffle. Magnifique de voir comment Millet tient le truc du début à la fin, comment les gros plans donnent le la à ce film hyper intime, hyper intérieur, et du coup hyper... fantomatique. C'est un film d'action sans action, très tendu mais qui ne s'emballe jamais. C'est ce ton singulier qui fait la beauté du film, ainsi que ses acteurs, vraiment intenses : Hamid (Adam Bessa) et Harfaz (Tawfeek Barhom) se livrent à un jeu de ping-pong à distance, menés par une fièvre impressionnante, surtout dans le contexte de ce film lent et avare en événements. Quand le scénario quitte Strasbourg (qu'on ne voit strictement jamais, tant la caméra reste à deux centimètres des visages, filmant presque des scènes d'amour alors qu'il n'en est pas question ici) et part pour Beyrouth, c'est moins bien, on retombe dans des plans déjà vus. Mais avant ça, on aura assisté à un film plein de suspense et surtout réalisé de manière très singulière, ce qui, pour un premier film, est à signaler. Millet connait la valeur du hors-champ, et l'horreur de l'expérience d'Hamid est d'autant plus terrible qu'elle n'est évoquée que par cette ombre de tortionnaire qu'il prend en filature, par ces quelques voix de témoins terrifiés, par l'opacité de son visage buté, par la peur qui s'empare de lui quand il pense avoir identifié son bourreau. C'est la plus forte des façons de filmer l'infilmable de la torture : en montrant ce qu'elle fait aux corps et à la mémoire des victimes, en montrant ses répercussion sur le présent. Les Fantômes parvient à faire ça, respect.
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