Horizon - chapitre 1 (Horizon : An American Saga – Chapter 1) de Kevin Costner - 2024
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Une réputation assez désastreuse précède ce film hyper-vaste (10 heures prévues !) de Kevin Costner, et c'est bien injuste. Certes, on est dans un cinéma un peu poussiéreux, où l'académisme tient lieu de mise en scène, où à peu près chaque détail a déjà été vu ailleurs. On ne sera jamais surpris, et on passera ces trois premières heures à peu près aussi tendu que devant une bonne série Netflix. Mais je dis attention : Costner aime vraiment le genre, lui rend allégeance avec beaucoup de respect, et travaille son scénario et ses personnages avec un classicisme pas si éloigné d'un Ford. L'essentiel du western est là, et filmé en réel admirateur : les grands paysages (densifiés par ces saisons qui passent, par la multiplicité des régions américaines), les personnages (le pionnier gentil, la femme forte, le cow-boy solitaire, le méchant ricanant, la jeune gâchette, les bombes de service), l'action, le nationalisme, les Indiens, la tragédie à ciel ouvert... Ça peut largement suffire à notre bonheur, comme Mann ou Hawks savaient s'en satisfaire et rester dans les codes sans en rajouter. Je ne dis pas que Costner est à leur hauteur ; et puis son film arrive un peu trop tard, il n'est plus de cette époque. Mais tout de même : il y a dans Horizon, comme chez Eastwood, un goût très pur pour le classicisme, une passion pour le genre, une tendance à la simplicité (que d'aucuns appelleront simplisme) qui sont assez touchants.
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Plutôt que la télé, où il aurait peut-être dû rester vu son scénario à tiroirs et ses 8000 personnages principaux, il choisit le cinéma, ce qui prouve bien son amour du genre : il vise le légendaire, le mythologique, le bigger than life. Ça fonctionne superbement durant la première très longue séquence, qui voit un village ravagé par une attaque d'Indiens. C'est la plus belle partie du film, très joliment mise en scène, toujours lisible malgré le chaos, et au service de la seule bonne idée du film : redire que le western est un genre violent, donner aux morts leur poids de souffrance, retrouver la brutalité et le réalisme que le genre avait perdus. Quand un Indien te balance un coup de tomahawk, on voit et on entend que ça fait mal. Costner y glisse un épisode un peu ridicule de survival, mais sinon la scène est très pure, à la fois classique et moderne. A cette occasion, on nous présente deux personnages importants du film, et à partir de cette séquence, le scénario déploie une multitudes de destins, d'aventures, de personnages qui vont se croiser par la suite. Il y en a sûrement un peu trop : l'humanisme de Costner voudrait montrer que tout le monde a son importance. Inutile de résumer les 10 ou 15 histoires différentes ; notons seulement que autant du côté des Indiens (qui parlent dans leur langue comme dans Danse avec les Loups) que des gentils pionniers en route vers la conquête de l'ouest, autant du côté de ce solitaire mystérieux (interprété par Kevin himself) que des méchants lancés sur une vengeance, le réalisateur s'intéresse à tout le monde, filme tout le monde avec un égal amour. Oui, c'est binaire, manichéen, clicheteux, et Costner n'a aucune imagination pour écrire des situations originales ou pour se sortir de ces scènes déjà écrites il y a 100 ans. Mais il filme ces situation convenues avec talent, avec souffle, avec panache même parfois.
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On s'ennuie parfois, quand il se laisse aller à un lyrisme un peu bêta, à un chauvinisme à tout crin (Ô America !), quand il souligne les dialogues ou y va avec ses gros éperons cloutés. Les trames sont trop nombreuses et peinent à faire un film homogène (ce qui sera peut-être faits dans les épisodes à venir), et peut-être que l'ambition du gars est un peu trop démesurée, son talent pas assez fort pour brasser ainsi toutes ces pistes narratives et proposer une Grande Histoire Américaine. Mais régulièrement, on retrouve la magie du genre, cette façon simple de montrer des gens dans un paysage, d'étirer le temps pour arriver à un climax (le long dialogue avec le bad guy juste avant la fusillade-éclair de Hayes). Et puis il y a une indéniable gourmandise à se laisser raconter toutes ces histoires tragiques, à suivre tous ces personnages stéréotypés mais forts, à revenir une nouvelle fois vers les légendes de l'Ouest, qu'on dirait rassemblées ici dans un seul film. Je ne dis pas que je me précipiterai la bave aux lèvres sur la suite, mais avec ce premier volet, Costner montre un savoir-faire, et mine de rien une modestie, bien prometteurs.
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