Le Dernier des fous de Laurent Achard - 2006
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Au terme de cette odyssée Achard (qui aura quand même été de 3 films, carrière fulgurante), je crois qu'on peut l'affirmer : la vision qu'a le bougre de notre chère existence est pessimiste. Toute la beauté de son cinéma vient de la dichotomie entre la forme, souvent lumineuse, légère, empreinte d'esthétique "à la française" mais néanmoins pleine de sensualité, et le fond, âpre, désespéré, fermé par tous les bouts. Le dernier des Fous est sûrement de ce point de vue-là son film le plus marqué par le désespoir. On y voit la fatalité avancer sans frein vers une conclusion terrible, sans qu'on puisse rien y faire, et sans même qu'on éprouve vraiment la nécessité de le faire : quand le monde est si glauque, autant le voir disparaitre sans se battre. Il y a pourtant quelque chose de renoirien dans les ambiances champêtres de cette histoire, et même un petit môme, c'est dire le côté innocent : Martin, jeune garçon mutique, vit là, dans la demeure familiale, le temps des grandes vacances. Sauf que sa vie est marquée par le malheur : une mère dépressive qui vit recluse dans sa chambre et pique à intervalles réguliers de vigoureuses crises de colère ; un père complètement dépassé, qui regarde son épouse s'enfoncer de plus en plus ; une grand-mère qui compense son impuissance par des accès de mauvaise humeur ; et surtout un grand-frère à l'homosexualité mal assumée, qui regarde son amant préparer son mariage avec une femme fortunée du village. Ajoutez une copine sur laquelle il a des vues et qui part avec l'ado musculeux du coin, et l'ennui latent des journées d'été, et vous avez un tableau complet du marasme dans lequel baigne ce pauvre gosse.
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Marasme qui malheureusement ne va cesser de grandir, par petites touches de malheur, par petites disputes, par micro-événements dramatiques qui peu à peu vont déboucher sur la tragédie. Il est bien dommage que Achard se montre aussi peu directif avec son jeune acteur : celui-ci, peu sympathique, très inexpressif, empêche l'émotion de naître vraiment. Mais après tout, c'est peut-être le but : montrer froidement une fatalité familiale, une cellule entièrement fondée sur le malheur, vouée à la catastrophe. Les acteurs adultes, par contre, jouent parfaitement leur rôle : le film creuse une veine réaliste, naturaliste, à la Pialat, pour mieux plonger peu à peu dans des atmosphères cauchemardesques qui culminent avec cette fin terrible, et les comédiens jouent "vrai", très naturels. On aime beaucoup par exemple cet écorché vif, le frère, campé par un Pascal Cervo fiévreux et énergique en diable ; ou la mère, la toujours inquiétante Dominique Reymond, qui répand ici une véritable ombre noire sur la maison. Achard parvient à mettre des images sur les terreurs enfantines, transformant son film en un long cauchemar éveillé : voir un homme pendu dans une grange, fantasmer la noyade de la fille qu'on aime, achever une bestiole à coups de hache, enterrer son chat mort dans un congélo, être abandonné de ses parents, autant de traumas que le petit Martin, terrifié de bout en bout de cette histoire, va devoir endurer dans cette sorte de conte tordu, cet objet violent et froid, cet essai sur le malheur à cheval entre hyperréalisme et onirisme. La mise en scène millimétrée, aux cadres rigoureux, au rythme implacable, mais qui ne tombe jamais dans une sécheresse à la Haneke, finit de nous convaincre : on a là un authentique désespéré et un authentique cinéaste.
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