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29 mai 2024

Film Lesson (Filmstunde) (1991) de Werner Herzog

C'est un Werner Herzog en pleine forme que l'on retrouve lors de ces rencontres spéciales à Vienne autour... du cinéma... Du cinéma, oui, même si Herzog semble se faire un petit plaisir d'inviter des personnes qui semblent parfois à mille lieues de la chose (mais qu'il parvient forcément à raccrocher au septième art à l'aide de tours de passe-passe dont il a le secret)... On sent que la préparation s'est faite parfois un peu dans l'urgence, qu'Herzog-"interviewer", ce n'est pas forcément sa grande spécialité (d'autant qu'il a une méchante tendance à monopoliser la parole) mais il y a malgré tout, à travers ces entretiens, une véritable volonté de parler de gens que le cinéaste aime et d'évoquer le cinéma par des biais généralement plutôt originaux. A la fin de chaque séquence, Herzog offre aux invités un cadeau très personnel ce qui donne lieu à des effusions parfois cocasses, pour ne pas dire terriblement maladroites : des embrassades embarrassantes, genre, et un Herzog aussi pataud qu'un grizzly dans un magasin de dentelle - une façon de clore ces entretiens quelque peu lunaires dans une atmosphère "potache" aux airs de camaraderie artistique.

On débute avec l'incontournable équilibriste français Philippe Petit (responsable d'une animation dont il a le secret lors de l'ouverture de cette biennale), un Petit qui va bien entendu nous parler de son exploit au World Trade Center... Préparation de malade, art de la mise en scène, stratagème de dingue pour passer au-dessus des autorisations et des autorités et pour tromper son monde, autant de points qui passionnent notre ami Herzog... On se dit, of course, que le cinéaste allemand aurait dû être aux commandes de la réalisation du doc sur l'exploit de Petit (Man on wire, qui n'est pas mal en soi, avouons-le) et surtout du film (moins passionnant) ; qu'à cela ne tienne, les deux hommes partagent une vraie passion autour de l'idée d'improvisation et du jeu avec les interdits pour parvenir à tout prix à leur fin. Bonne entame de discussion.

C'est ensuite Volker Schlöndorff qui s'y colle ; il sera question notamment des adaptations littéraires de Volker (des films qu'il ne souhaitait pas forcément faire mais parfois le hasard et les coups de cœurs en décident autrement), d'un projet de Herzog (sur lequel il reviendra plusieurs fois... mais qu'il ne réalisera finalement point) sur deux sœurs jumelles au comportement pour le moins symétrique et surtout de Billy Wilder : on verra le réalisateur (plus tout jeune) évoquant le scénario et le tournage de Certains l'aiment chaud ; Wilder, l'homme-cinéma qui s'exprime avec  passion sur l'art de la comédie, forcément un grand moment.

Une troisième petite leçon en présence de Michael Kreihsl (qui intervient ici surtout comme assistant technique de Herzog) et l'occasion pour le cinéaste d'évoquer le rôle de la musique sur les images de ses films (avec plusieurs montages comparatifs... du nanan) ou sur ceux des frères Taviani (dont Herzog parle avec dévotion) ; un autre aspect très particulier de l'atmosphère des films d'Herzog qui nous a servi du Popol Vuh (le Pape en prière ? Allons...) à toutes les sauces montagnardes. Viendra l'heure ensuite d'écouter Peter Turrini, un écrivain autrichien qui nous livrera une lecture pour le moins dramatique de l'une de ses pièces (le type est à fond dedans et nous fait plonger avec force et conviction dans ce dialogue délirant entre un homme et une femme assis dans une voiture au sommet d'un tas d'ordure) : belle performance couvée du regard par un Herzog conquis par tant d'implication.

Kamal Saiful Islam sera lui sûrement responsable de la partie la plus inattendue (et assez délirante) : imaginez un mathématicien tentant de vous démontrer sur un tableau noir qu'un univers à seize dimensions est possible... On se dit que cela ne peut être que totalement incompréhensible pour le commun des mortels et ça l'est... On sent Herzog se marrer intérieurement devant ces démonstrations qui échappent complétement au public... Le cinéaste aimerait faire le lien avec le cinéma de demain et la possibilité d'ouvrir une brèche sur la possibilité de créer de nouvelles images. On reste totalement dubitatif devant la chose... Après ce passage de mathématiques souterraines peu concluantes, Herzog évoque ces peintres (de Vinci à Segers en passant par Altdorfer) capables de produire des "paysages intérieurs" extra-ordinaires, de véritables visions de décor cinématographique fantasmé... On a moins de mal à le suivre sur ce terrain... Ryszard Kapuściński apportera quant à lui sa petite pierre à l'édifice de ces cours pour le moins spéciaux en narrant ses aventures improbables en Afrique (dans la zone frontière en guerre entre le Soudan et l’Éthiopie notamment) et ses multiples séjours en prison (il fut condamné à mort plusieurs fois mais parvint toujours à renaître de ses cendres, le bougre...) ; Herzog évoque l'envie, bien sûr, de faire un film sur lui, même s'il est plusieurs fois refroidi par les dangers évoqués par son invité... Ce projet ne verra pas non plus le bout.

Avec l'étrange et mystérieux magicien Jeff Sheridan (le type serait resté enfermé pendant dix ans dans sa chambre...), il sera question, forcément de magie, d'illusion - de l'art de détourner l'attention pour faire passer son "truc" ; Herzog est bien sûr tenté de faire un parallèle avec le cinéma (autre art de la manipulation du spectateur pour arriver à ses fins...) mais faut reconnaître que la discussion part un peu en vrille tant les deux hommes peinent à vraiment "s'entendre" (ils suivent chacun leur petite théorie sans vraiment capter ou essayer de comprendre ce que l'autre essaie de démontrer, d'expliquer... bref). Enfin Herzog en solo revient sur le sens de l'espace dans ses films... Plan-séquence et utilisation de la profondeur de champ, l'incontournable démonstration de la "spirale de Kinski" (mais si, allons, la spirale de Kinski, c'est connu) ou encore la formidable théorie de... Goebbels sur le fait d'organiser une bataille en allant... de gauche à droite (à partir de cette soi-disant stratégie militaire allemande, Herzog passe aux pubs sur des voitures dans le désert... faut aimer les ponts ou les grands-écarts...). Des discussions qui partent un peu dans les sphères mais qui reviennent aussi de façon également très concrète à des "ficelles" cinématographiques. Tout cela a l'air passionnant, dites donc ? Ça l'est !

 

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