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17 avril 2024

Un Homme intègre (لِرد) de Mohammad Rasoulof - 2017

Difficile de critiquer un tel film : il a valu des mois de prison et d'exil à son réalisateur, ce qui prouve d'une part sa pertinence politique, de l'autre l'immense courage de Rasoulof. Pourtant, figurez-vous que je suis un peu partagé par Un Homme intègre. C'est un film tout à fait noble, porteur de discours forts et intéressants, mais il me semble que le traitement est un brin didactique, la situation de base trop exemplaire, le tout trop symbolique... bref, que tout ça sent un peu trop le labeur pour être vraiment crédible, comme si Rasoulof surlignait tout pour nous aider à comprendre son discours. Son film est pourtant un modèle de rigueur et de pudeur, usant volontiers de l'ellipse pour densifier sa trame, ne prenant jamais le public pour une masse d'idiots. Et c'est vrai que cette histoire est passionnante, à la fois terrifiante et très tenue, et qu'on passe un bon moment à en suivre le rebondissements : c'est l'histoire d'un petit pisciculteur sans histoire qui va subitement être confronté à l'absurdité de la politique de son pays. Son terrain est convoité par des promoteurs verreux, mais il refuse de céder à la politique du pot-de-vin et des petits arrangements. Lui veut rester un homme intègre, donc, et son obstination le poussera très loin : de fil en aiguille, son souci d'honnêteté, qui vire à l’obsession, va lui faire perdre à peu près tout, son élevage, sa femme, ses biens, sa liberté, son honneur. Et on suit à ses côtés ce long plongeon vers l'enfer, confrontés avec lui à la fatale question : vaut-il mieux mourir dans l'honneur ou vivre dans le compromis ?

Il y a un côté David contre Goliath dans ce portrait d'un petit homme s'agitant comme un beau diable pour garder sa dignité et ses convictions face à un système qui broie toute velléité d'honnêteté. L'Iran tel que décrit par Rasoulof est un marasme de corruption et de connivences dans lequel il est strictement impossible de garder la moindre foi en l'homme qui on veut s'en sortir. La somme de calamités qui s'abat sur notre pauvre gars fait peine, et met la rage au ventre. Le film montre une absence d'espoir totale qui le fait échapper au tout-venant de ce type de productions indignées mais sagement œcuméniques : il n'y a rien à faire, son pays restera un creuset de malhonnêteté. On voit la subtilité qu'auraient pu y mettre un Panahi ou un Farhadi, qui sur un sujet malheureusement aussi rebattu sous ces latitudes auraient su, pour l'un en faire un objet purement cinématographique (l'appel de la poésie), pour l'autre en faire un suspense haletant. Rasoulof, lui, reste au ras du bitume et offre un pamphlet pur et dur. Il y perd en émotion, et même un peu en force de frappe. Son film devient une simple dénonciation, sans vraie réflexion ou traduction cinématographique. On est indigné, certes, mais pas très convaincu patr la forme, trop rêche, trop direct, manquant de subtilité, s'avançant avec la grâce d'un bulldozer. Tant pis : voilà tout de même un film utile et couillu.

 

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