La Fidélité d'Andrzej Zulawski - 2000
Je n'avais pas vu de Zulawski depuis au moins 15 ans, ayant fait dans mon adolescence de ce nom une sorte d'anathème, une sorte de formule évoquant l'Antéchrist si vous voulez. Et voyez mon honnêteté : je me suis dit qu'il fallait peut-être le revoir aujourd'hui que je suis un vieil homme à la barbe grisonnante (j'ai 37 ans). D'où La Fidélité...
Eh bien, je suis très heureux de vous annoncer que mon adolescence avait de bons côtés : Zulawski, c'est l'Horreur Pure. 2h39 de crétinerie prétentieuse et vaine, abyssalement conne et formellement hideuse, ça faisait longtemps que je n'étais pas tombé dans de tels tréfonds. Mais il faut dire que j'aurais dû mieux lire la jaquette : il y a Sophie Marceau dedans. Je sais que c'est mal de tirer sur les ambulances, mais là, franchement, c'est un festival : elle est nullissimme, mauvaise comme c'est pas permis. Comme à son habitude, elle considère le plateau de cinéma comme un podium de défilé, et elle nous sert ses petites mines de star
profonde avec un manque d'humilité qui confine à la folie. Mais ici avec la différence marquante que le gars qui la filme la trouve super. Très honnêtement, à chaque fois qu'elle apparaît, on se croirait dans un vieux clip de Patrick Bruel. Pour dire "passe-moi le sel", elle se plaque contre un mur, expulse une larme, et serre les dents pour bien nous faire comprendre comme elle est habitée. Marceau est belle, certes, mais l'inconvénient est qu'elle le sait et le clame à chaque plan. La photo ci-contre n'est pas issue du dernier numéro de Elle : c'est une vraie scène du film, dans laquelle elle est censée... faire l'amour... Oui, m'sieur dames, Sophie Marceau fait l'amour en étreignant des murs et en regardant la caméra avec un air habité, chacun son truc.
Inutile de revenir sur le reste : tout y est à l'image de cette photo. Zulawski voudrait faire l'oeuvre ultime sur le pouvoir du regard, la chiennerie de ce monde, l'horreur des médias people qui casse la beauté des sentiments ; il nous sert un bidule infâme, qui se prend tour à tour pour Godard, Dostoïevski et Sautet. Vu
les fous-rires fréquents que j'ai eus en regardant ce film, il est plus proche de Claude Zidi. Des sentences qui plombent chaque ligne de dialogue, une direction d'acteurs hystérique (ça a fait sa marque, mais le gars ne s'est toujours pas rendu compte que ça ne fonctionnait pas), un romantisme de vieille dame anglaise, une réflexion morale digne d'un cours de géo-politique de CM1, une accumulation de scènes impossibles qui font halluciner de ringardise et de maladresse... On voudrait citer toutes les scènes, qui à chaque fois mettent sur le cul (il va pas oser ? si !); le mieux est que vous alliez immédiatement louer ce film : si vous êtes un tant soit peu adepte du second degré, vous allez passer un grand moment de rigolade. Pour ma part, je me passerai peut-être de Zulawski pour les 15 prochaines années.
L'Important c'est d'Aimer (1975) d'Andrzej Zulawski
Vision bien mitigée que cette histoire d'amour à trois avec une Romy Schneider définitivement sciante, un Fabio Testi d'une vacuité sans fond, et un Jacques Dutronc plutôt apathique qui finit les pieds dans les pissotières. Bref, la reine Romy trouve un rôle en or mais on finit par se demander ce qui intéresse vraiment le Zula (ou on croit deviner...): qu'il n'aime pas les gens lisses, les manières policées, bon on a compris le message, qu'il préfère les larmes, la douleur de ne plus être aimé, la perte d'un être, bien... mais l'amour dans tout ça? Je veux bien qu'il y ait des crises, des doutes, des hauts et des bas mais on finit par se demander justement où sont ces hauts, tant il semble y avoir une complaisance certaine dans les moments où ça charcle, dans la fange, dans les combats : le Testi se fait méchamment passer à tabac sans parler des gifles sèches de la Romy (po du cinéma... Faut dire qu'il a vraiment un nom et une tête à claques), multiples combats sur la scène du théâtre avec combats sanglants de samouraïs (une adaptation spéciale de... Richard III), partouzes pour la forme... Bref, qu'il y ait une part de tristesse dans tout amour, je veux bien admettre, mais la part de bonheur on a quand même vraiment du mal à la voir.... Comme si l'important n'était pas vraiment d'aimer mais de se faire quitter sans trop morfler. Il y a certes un bien jouli thème de Delerue que le Zula nous assène à chaque apparition de la Romy comme si elle se devait de nous tirer des larmes... Au niveau du scénario sinon, ça part un peu en débandade à l'image de cette troupe de théâtre sortie d'un film de Fassbinder et du Klaus Kinski
qui se la donne à chacune de ses apparitions (qu'il soit mort d'une attaque cardiaque ne doit étonner personne... heureusement que Lynch ne l'a pas pris dans le rôle du Bob de Twin Peaks, sinon ce serait cauchemar sur cauchemar...). Bref, qui n'embrasse point, étreint moins - je comprends pas vraiment ce que j'ai voulu dire, sinon que l'émotion n'est pas forcément toujours au rendez-vous. Mais Romy plane.
La Troisième Partie de la Nuit (Trzecia czesc nocy) (1971) d'Andrzej Zulawski
Marqué très jeune par Generation de Wajda, on retrouve dans ce premier film de Zulawski -dit le mal-aimé- une certaine influence dans cette impossibilité pour une homme d'échapper à un univers cauchemardesque. Si le fil narratif (Pologne, occupation allemande: un homme assiste à la mort de sa femme et son enfant et retrouve, dans pratiquement les mêmes conditions, une autre femme avec enfant) apparaît souvent difficile à suivre - multiplication des flash-back, scènes hallucinatoires - c'est qu'il s'agit pour Zulawski de jouer sur le thème de la répétition ad libitum comme si son personnage retombait toujours dans le même schéma... et quel schéma que celui de cet homme engagé dans la résistance qui donne quotidiennement son sang à des tiques dans le cadre d'un programme médical pour lutter contre le typhus (!); on voit bien ce qui intéresse le Zula dans cette idée, celle d'êtres humains condamnés à se vider peu à peu de leur substance dans ce monde de folie, d'émotions paroxystiques: il tient d'ailleurs déjà bien son rang de réalisateur qui tente de tirer de ses comédiens le maximum: larmes, cris, joie, déchirements, effondrements, on n'y va pas avec le dos de la louche.
Autre caractéristique remarquable du film, la volonté délibérée de faire se mouvoir sa caméra à la vitesse de l'air - dans un souci (comme s'il en s'explique dans l'interview en bonus) de se battre contre l'académisme aussi bien dans le fond que dans la forme; pari réussi car on réalise qu'en 1971 peu de films de ce genre avaient une telle caméra collée aux basques des personnages - d'autant que nombreuses sont les scènes de fuite désespérée... Si l'on peut être parfois un peu déconcerté, voire perdu dans ce monde très personnel (et cela sonne plus comme un compliment que comme une remarque désobligeante), l'une des dernières images où le héros croise son double, mort, étendu sur une civière, est suivie peu de temps après par ce commentaire off du passage de l'Apocalypse: "les hommes chercheront la mort mais ne parviendront pas à la trouver". Cette fin "tragique" nous fait percevoir l'ampleur du drame dans lequel le héros est enfermé - et du même coup peut-être celui du cinéaste hanté à vie par les images de son enfance.
Zulawski se permet également dans l'interview un petit mot sur Terrence Malick (qui pratique un "cinéma différent", hum hum) qu'il situe à l'opposé de son univers cinématographique: un souci esthétique maxi, des images aux petits oignons, léchées, millimétrées, éclairées à la flamme de briquet Bic prêt mais où la direction d'acteurs et l'émotion qui s'en dégage sont inexistants; si l'oeuvre de Zulawski paraît parfois souffrir d'un "trop plein", on ne peut pas non plus lui en vouloir de faire une oeuvre cinématographique de chair et de sang, non aseptisée. La Troisième partie de la Nuit, comme un cauchemar non climatisé.


