Acte de Violence (Act of Violence) (1948) de Fred Zinnemann
Belle entrée en matière, là encore, avec un Robert Ryan (me fout toujours les boules ce type quand il prend son air méchant) qui se rue sur un flingue pour partir à la chasse à l'homme. D'où sort ce boiteux inquiétant se dit-on, pourquoi veut-il faire la peau à ce pauvre Van Heflin qui mène une petite vie bien paisible, que cache leur passé commun ? Zinnemann ne prend même pas le temps de faire péter un générique, juste le temps d'afficher le titre, un Act of Violence qui déchire l'écran, et la course-poursuite entre les deux hommes de s'engranger. Cette Seconde Guerre Mondiale a décidément fait perdre aux Ricains leur innocence - Van Heflin cachant un bien lourd secret - et Zinnemann, quatre ans avant High Noon, de nous servir un final dans ce polar très noir, digne d'un western - un duel sous la lune avec un train qui sifflera plein de fois, ça ne s'invente pas... Une rédemption est-elle possible pour notre héros ? A quel prix ? Tout sera dit...
Van Heflin, marié, un gosse, jeune entrepreneur à succès, pense ne pas avoir volé ce petit week-end de pêche avec son bon vieux voisin. Une petite vie bourgeoise sereine, les eaux placides d'un lac, tout ça respirait la gentille tranquillité... jusqu'à ce que ce fou furieux de Robert vienne troubler et l'atmosphère et les eaux : il saute dans une barque, rame comme un malade et on se dit que ce pauvre Van était loin de se douter qu'on viendrait l'emmerder jusqu'au milieu d'un lac. Le destin est avec lui et il en réchappe par miracle, seulement notre homme se sait dorénavant traqué, et sait surtout par qui... Il va se calfeutrer dans sa baraque, éteignant toutes les lumières, effrayant sa femme (Janet Leigh) qui se demande bien quelle mouche l'a piqué ; le visage du Van est couvert progressivement par les ombres de la nuit (belle séquence dans les ténèbres) comme si son passé peu glorieux remontait à la surface... Appelons la police, chéri, suggère sa femme aux abois. Po si simple, dit-il, avant de raconter, peu fier, ce qu'il a fait pendant la guerre - il sait qu'il risque de se mettre sa femme à dos pour toujours - ah ben tiens, justement un plan on ne peut plus signifiant - mais surtout que le moment est venu de régler ses comptes avec son passé... Il peut bien tenter de fuir, en vain, le Robert étant bien décidé à ne jamais passer l'éponge...
Van Heflin va se perdre jusqu'au bout de la nuit, croisera en route une pauvre femme (Mary Astor) qui a connu des jours meilleurs et qui va, presque malgré elle, l'emmener jusqu'au fond du gouffre - les femmes, ici, d'ailleurs, celle de Van, de Robert et même Mary Astor (passée un certain point) vont toutes tenter d'arranger les choses... Peine perdue. Lors d'une bien belle séquence on ne peut plus significative, Van Heflin perdu dans un tunnel (qui prend un double sens, faisant aussi bien référence au tunnel creusé dans le Camp qu'à l'exploration de sa conscience) va tenter de combattre les démons de son passé : le bout du tunnel n'est pas si loin, encore faut-il savoir sur quoi il va déboucher... Un final en forme de duel (... à trois... une truelle ? Nan, je confonds) de la plus belle eau convoquant à la fois l'imaginaire mythique du western et l'aspect fatal du film noir... Un film mené sur une belle cadence - il en aura fait des kilomètres à pied notre pauvre Van Heflin, notamment dans certains quartiers glauquissimes et désertés de Los Angeles - qui nous entraîne irrémédiablement jusque dans les bas-fonds (ceux du subconscient, de la ville, de la vie (le tombeau, c'est ça)). Polar de belle facture signé Zinnemann qui saura, au fil de sa cinématographie, jongler avec les genres.
Le Train sifflera Trois fois (High Noon) de Fred Zinnemann - 1952
On est dans le classique des classiques avec ce film, qui semble être comme la matrice des westerns modernes (Leone, Eastwood). La grande qualité de ce High Noon, j'imagine que je ne vous apprends rien, c'est le rythme. Aucune action ou presque pendant 1h10, puis une sorte d'emballement de la trame sur 10 mn, emballé c'est pesé. Il a dû falloir un sacré courage à Zinnemann, et une bonne dose de persuasion auprès de ses producteurs, pour imposer ce temps suspendu, ces images sur une ville morte, assagie, où tous les hommes sont devenus des lâches, des bons pères tranquilles. Tout en maintenant le suspense à son plus haut niveau (par des plans inlassables sur une pendule qui se rapproche inéluctablement de la fatidique heure de
midi), le réalisateur préfère filmer ces temps de latence, où un homme (Gary Cooper) tente de constituer une équipe pour stopper un tueur qui arrive en ville. La construction du récit est vraiment originale, avec ces alternances entre les trois tueurs qui attendent le train (ça rappelle quelque chose, non ?) et le lente quête du héros qui demande de l'aide devant des portes closes. Les plans sur les rues désertes, les longs silences embarrassés des habitants, et le flegme du Gary, font glisser tout doucement High Noon vers une esthétique épurée du meilleur effet : ce n'est pas tant la fusillade finale qui intéresse le gars ; c'est plus cet abandon, cette solitude du héros, ce caractère presque métaphysique aux prises avec la trivialité de la vie et la p
erte de l'honneur.
Abandonné par Grace Kelly, rossé par ses anciens amis, incompris de son idole, Gary Cooper s'affaisse de plus en plus, et là est la plus grande beauté de ce film : dans les gestes quasi-chorégraphiés de son personnage. On sait que Cooper est une présence incroyable sur un écran ; ici, chacun de ses mouvements, chacun de ses déplacements, chacune des épreuves qui se grave sur son visage triste sont calés au millimètre, deviennent d'une photogénie hallucinante. D'autant que Cooper n'est pas le seul à être traité ainsi : si on observe le jeu du jeune Lee Van Cleef, dans un rôle secondaire, ainsi que celui de la superbe Katy Jurado, on voit bien comment Zinnemann ne se contente pas de raconter une histoire. Il grave ses personnages da
ns l'éternité, les transforme en icônes en direct. Il y a quelque chose qui a à voir avec la danse là-dedans, avec la grâce des corps en tout cas. Le final, absolument génial, place ces corps dansants dans des espaces vastes et mathématiques, invente des axes inédits entre les protagonistes, organise toute une architecture, trace des traits, des diagonales ; tout ça grâce aux acteurs, donc, mais aussi à la grande invention de la caméra, qui use des plongées et des plans larges en virtuose.
Délibérément à part dans l'histoire du western, High Noon gagne sans problème ses galons de classique. Le petit thème musical reste en tête (d'accord, il est joué 14213 fois dans le film, mais même), comme ces images radicales beaucoup plus modernes que la plupart des films modernes.
Au risque de se perdre (The nun's story) (1959) de Fred Zinnemann
Pendant que certains se refont tous les Hitchcock, d'autres se plongent dans la filmographie d'Audrey Hepburn. Avec plus de déception certes... En dehors des classiques My Fair Lady, Charade ou Vacances Romaines, j'avoue mon penchant pour le foutraque et sympathique Breakfast at Tiffany's et surtout pour l'excellent Voyage à deux (Two for the road de Stanley Donen), l'un des meilleurs films (franchement) sur l'usure d'un couple, ce qui doit bien concerner bien 6-8 personnes sur cette planète bleue.
Bon, Audrey Hepburn est une nonne et on se dit quelle perte!... C'est un peu le même sentiment à la fin du film où au bout de 2h30 on n'a pas vraiment vécu quelque chose de passionnant. La chtite Audrey est relativement crédible (je suis gentil avec elle) même si dès le début elle semble à 3 milliards de ce monde. Mais elle fera des efforts pour s'adapter alors pourquoi pas les spectateurs, hein?
Première partie: Gabrielle au couvent. Terrible l'ambiance, t'es obligé de t'accuser des moindres trucs et ça moucharde à mort ("Soeur Machin s'est regardée dans la glace": 3 pénitences - la vache les gonzesses entre elles pas de cadeaux...), elle se fait peu à peu aux rites, nous moins, au bout de 45 minutes on a bien compris quand même. Puis elle étudie à l'hôpital des maladies tropicales (son truc c'est de partir au Congo) avec le professeur Thibaut et comme son père est docteur elle se balade. Elle attire les jalousies, elle fait un peu la fière et pour prouver son humilité, la mère supérieure (la salope - pardon) lui demande de faire exprès d'échouer à l'exam. Mais elle ne flanche pas, réussit et comme punition (trop fière on a dit) est mutée dans un asile à Bruxelles. Mais elle finira quand même par s'en sortir. Cool.
Deuxième partie: Soeur Luke (elle a changé de nom) au Congo. Là il y a un Docteur super doué et beau (pour les critères de l'époque on va dire) et on se dit aha! Ben non, 1h sans rien, pas une main aux fesses, à te dégoûter des infirmières. Elle bosse tout le temps, va voir le révérend Kurtz et son camps de lépreux, se choppe la T.B. mais elle craque que dalle. Tous les noirs et les blancs l'aiment beaucoup mais qui n'aiment pas Audrey?
Troisième partie: Le retour et la guerre. Bon, elle ne peut pas repartir, la Belgique est occupée, doit s'occuper des Boches et comme son père est tué par les Allemands, là c'est trop ("peut plus faire preuve de charité, elle se dit, ne pourra jamais s'y faire au couvent") elle décide de se casser. Elle quitte ses habits de nonnes reprend sa robe grise, ouvre une porte et on la voit partir dans les petites rues pavés, sous le soleil (sûrement le meilleur plan du film (le seul à garder?)) - après un petit temps d'hésitation, elle part sur sa droite d'un pas décidé. The End.
Pas un grand film, les gars. Pour la peine je mets juste une photo de tournage, ça lui apprendra au Fred.





