31 octobre 2006

Corbeaux et Moineaux (Wuya yu maque) (1949) de Junli Zheng

CrowsSparrows_1_On se croirait dans une maison balzacienne à l'époque du néo-réalisme, mais on est bien en Chine à la fin des années 40, en hiver 48. Tchang Kai-Chek est toujours à la tête du pays et un membre du parti du Kuomintang se retrouve propriétaire de tout un immeuble (réquisitionné pendant la guerre). Sentant le vent tourner, il décide de vendre son "bien", encourageant fortemement les locataires à partir. Ceux-ci vont essayer chacun à leur façon de trouver des arrangements, chacun dans leur coin -rah, l'individualisme-  avant de se lier (c'est la lutte-euh- finale) contre ce traître à la Patrie. Dit comme ça, ça fleure bon la propagande, mais c'est oublier que le film tourné en partie clandestinement en 48 dresse aussi un portrait très réussi et pas toujours très complaisant de cette micro-communauté. Zheng colle sa caméra au plus près de ses personnages et les dialogues fusent dans tous les coins (c'est d'ailleurs pas toujours facile à suivre mais bon an mal an on y arrive). Des petits commerçants qui jouent sur la fluctuation des prix, au professeur qui n'a pas toujours le courage d'assumer ses convictions en passant par cette femme qui demande au propriétaire d'aider son mari à sortir de prison - sans céder à la prostitution, mais de justesse -, on sent bien que chacun cherche à sauver sa peau du mieux qu'il peut, entre arrivisme et fatalisme, et en cela on ne peut reprocher à Zheng de chercher à traquer la vérité derrière ces petites faiblesses humaines. Sans s'attacher à de grandes figures héroïques de la "Résistance" "salvateur du genre humain", il montre à quel point dans les périodes difficiles, il n'est pas toujours facile pour les petites-gens -nous quoi- de tracer sa route entre la survie et la collaboration. Dommage que cet esprit critique vit ses dernières heures, car Zheng avait définitivement trouvé le ton de la Comédie Humaine, grandeur et petitesse inclus. Mais les moineaux rouges boufferont les corbeaux, sans laisser la moindre miette...

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