Romance d'un Marchand ambulant (Zhi guo yuan) (1922) de Shichuan Zhang
Il s'agit donc du premier film chinois (un moyen métrage de 22 minutes) que m'a gracieusement offert l'une de mes étudiantes qui connaît mon goût pour les bizarreries et raretés en tous genres... L'histoire est donc celle d'un marchand de fruits prêt à tout pour conquérir la main de la fille d'un docteur qui est dans la dèche. Pour ce faire, il changera les 34 marches de l'escalier que prennent ses voisins du dessus (qu'avec une petite tirette, il transforme automatiquement en toboggan (le Chinois, est travailleur, ingénieux et fourbe, oui) pour provoquer moults chutes et autant de consultations chez le-dit docteur. Il me semble tout d'abord important de noter que l'acteur qui joue le rôle du marchand est sûrement (muet et parlant confondus) l'un des pires de tous les temps (Zhegu Zheng paix à ton âme). Même l'héroine qui ne peut s'empêcher de jeter des coups d'oeil furtifs à la caméra (ça tourne là?) tente d'être un peu plus naturel. Un marchand qui parvient d'ailleurs à faire réellement pleurer un pauvre chtit bambin, ce dernier se tournant alors vers la caméra complètement déconfit - mais le Zheng est pro jusqu'au bout (et pis la bobine ça coûte cher) en le congédiant d'une tapette sur le crâne pour le faire sortir du champ. La morale de l'histoire, c'est donc que petit Chinois n'a pas de pitié pour atteindre son but, car il envoie pas moins de 25 de ses voisins chez le praticien (comme quoi la situation en Chine s'est arrangée depuis, puisqu'on vit rarement de nos jours à plus de 20 dans le même studio). C'est définitivement pointu - peux po mieux faire -, quant à la nécessité, il est évident qu'il reste une très grande marge.
La pièce de Monnaie du Nouvel An (Ya sui qian) (1937) de Shichuan Zhang
Concept assez original que celui de suivre le chemin parcouru par une pièce de monnaie pour explorer la société shanghaïenne. Bien sûr, on est en 37, cela permet surtout de montrer l'extrême misère de certains alors que les riches sont souvent de grosses enflures.
Rongrong comme chaque année au Nouvel an (34-35) reçoit de la main de son grand-père de l'argent (une pièce d'un dollar en argent). La sale gamine - genre de Shirley Temple chinoise qui va nous bassiner avec deux numéros de claquettes au cours du film - achète avec sa thune des pétards et c'est parti, la pièce est dans le circuit... On découvrira ainsi un banquier verreux qui se barre avec la caisse et surtout les conflits que créent cette pièce lorsque deux servantes ou deux passants se la disputent. Le pire c'est encore quand un gamin des rues ramène la pièce dans son bidonville, on est proche du conflit nucléaire (ça me rappelle une histoire de chaussure tombée du ciel chez Brautigan...)... Tout le ghetto finit par brûler, comme quoi l'argent fait pas le bonheur. L'argent peut même être super dangereux car la même pièce roule dans le caniveau, un quidam s'étant fait attaquer par un gang, et un passant qui la ramasse tout content se prend un pruneau des flics qui pourchassent les voleurs: il meurt dans un "arggh... euh... grr... burp" super drôle et il méritait largement la faucille d'or du meilleur acteur. Une personne bien intentionnée qui veut sortir de son milieu minable de dancing, offrira la pièce à l'une de ses amies institutrice et deviendra prof - ça c'est ce qu'on appelle le transfert des compétence à la mode communiste; "tu es bon, tu n'as pas d'argent, tu es docteur" (ah non, il n'y a pas d'étape "tu seras docteur", c'est là tout le miracle). Petits malfrats, épargnante, fille légère, gros Bouboule qui se paie un repas, jusqu'aux flics qui récupèrent la fameuse pièce pour l'effort de guerre chez un changeur au black, on a un bon panel de cette société des Années 30 et si on coupait deux chansons et les numéros de claquettes ce serait même assez regardable - je passe sur un gros moment de flou au milieu du film, ça arrive.
A la fin de l'année 35, le grand père donne à sa petite fille des billets du gouvernement nationaliste, les grands temps de la récup ont déjà commencé (c'est dommage, c'était marrant tous ces chinois qui testaient la pièce en la lançant par terre pour voir si ce n'était pas une fausse; il y en a même un, je vous jure, qui l'approche de son oreille... l'argent n'a pas d'odeur mais renferme-t-elle un son magique?)
