Une Famille Chinoise (Zuo You) de Wang Xiaoshuai - 2008
Un petit film chinois que mon comparse n'a pas vu, c'est rare. Et c'est étrange qu'il n'ait pas mis la main dessus, car Une Famille Chinoise est plutôt un joli moment tout en délicatesse, assez étonnant dans sa façon d'aborder un sujet purement casse-gueule. Une petite fille (appelée Eheh, rien que ça, ça m'a fait craquer) est malade : il lui faut une greffe de moelle. Or aucun donneur compatible n'est trouvé. La solution de la mère : faire un nouvel enfant avec son ancien mari, afin de prélever sa moelle et sauver la chtite. Seulement chacun des deux parents a, depuis le divorce, reconstruit un couple, d'où difficultés sentimentales... On imagine ce que ça aurait pu donner en France, et je vous interdis de laisser Philippe Lioret ou Romy Schneider s'approcher du scénario. Xiaoshuai, lui, aborde cette histoire avec d'infinies précautions, dans une volonté bien ancrée d'éviter tout cliché, de ne jamais tomber dans le film concerné, de rester à la bonne distance.
Résultat : un film qu'on ne peut qualifier que de pudique, même si le mot est usé jusqu'à l'os. La simplicité dans la narration, dans le montage, dans la mise en scène, force le respect, tant on sent que le bougre marche sur des oeufs. Les scènes sont courtes, avec à chaque fois le choix le plus simple possible pour les filmer : pas d'ellipse, pas de symbolique, pas de complexité psychologique inutile. Juste deux couples aux prises avec un dilemme ardu, qui frôlent le désastre, au bord de la rupture, mais forts et presque "ordinaires". Dans une photo élégante sans ostentation, Xiaoshuai sait parfaitement saisir les petits battements du coeur, construisant notamment un personnage féminin principal très beau, une mère arc-boutée sur son obsession (sauver sa fille) et qui détruit tout autour d'elle sans éclat : il lui suffit d'un regard obstiné, d'une phrase sans appel, pour attirer tout son entourage dans le chaos. Mais tout ça est fait dans le calme, dans le petit, ce qui semble bien être la seule solution pour raconter cette histoire qui sinon aurait frôlé le film à thèse.
Et puis Xiaoshui parvient également merveilleusement à faire glisser cette histoire strictement intime dans quelque chose de plus vaste, qu'on pourrait appeler un état des lieux du couple et de la famille dans la Chine d'aujourd'hui. Les plans sur Pékin (immenses immeubles gris, métros silencieux, hôpitaux impersonnels) sont magnifiques, et écartent avec force la mise en scène de la simple histoire personnelle. Très modernes, les personnages (et leurs actes) surprennent dans une Chine souvent réduite par les cinéastes eux-mêmes à un cliché suranné. Le sexe, l'infidélité, le divorce, l'éducation des enfants : on parle et on montre tout ça dans Une Famille Chinoise, simplement mais avec pas mal d'audace finalement. Pour une fois, on ne traite pas du poids des traditions, du qu'en-dira-t-on, de l'industrialisation, etc., bref de tous les "marronniers" habituels du cinéma chinois. C'est juste une histoire universelle, qui pourrait se passer n'importe où, et s'il n'y avait une telle volonté de la part de Xiaoshuai d'ancrer ses plans dans un territoire très marqué, on pourrait oublier que le film est chinois.
Bien sûr, tous les écueils ne sont pas forcément évités, et dans la toute fin, le gars tombe un peu dans une pudeur un peu proclamée : il rate notamment la scène la plus attendue, celle du passage à l'acte sexuel des deux héros, assez clicheteuse. Mais à 90%, le pari est réussi : parler du coeur humain sans faire du Sautet... Beau film.
Shanghai Dreams (Qing hong) (2005) de Wang Xiaoshuai
Bon, il faut bien avouer que l'avion n'est pas le meilleur moyen pour découvrir un film mais pas vraiment le choix vu que le film en Chine n'existe pas avec des sous-titres anglais. Bref. (désolé Bibice pour les accents, mais je suis en Malaisie sur un ordi allemand et je suis pas Einstein.... faudra corriger... NDLR : pas de problème, fiston)
Deja on est en 1983 dans une province reculée et on a l'impression d'être en 1930... Si à Shanghai, les jeunes ne sont pas toujours au top de la mode, on se rend compte quand même du chemin parcouru... Cela nous donne une scène hilarante d'un chinois qui se trémousse tel Elvis sur une musique de Cerrone un peu comme si ma grand-mere s'était mise a danser la lambada en 1930 dans la campagne bourbonnaise... Sinon (je vais faire court pour po donner trop de taff a mon collègue) le film est d'une noirceur terrible!!! Si l'orphelin d'Anyang n'était pas un film tres olé olé, là on tombe dans une dépression au-dessus d'une adolescente chinoise qui fait froid dans le dos... Le père, remarquablement joué, (il a même tendance, malheureusement à gommer la plupart du temps l'héroine du film... sans parler de son petit copain qui n'a pas plus de présence que Frodon avec un anneau) se met dans des colères terribles toujours pour le "bien" de sa fille et ferait passer Mao pour François Bayrou. Pauvre d'elle qui se voit TOUT interdire en attendant que se réalise l'eternel espoir de son père, le "retour a Shanghai": pas question de se marier avec un local, pas question donc de traîner, de se maquiller ou de porter des talons hauts, une seule obligation: travailler pour avoir l'opportunité de faire des études supérieures (cela n'a pas changé dans la Chine d'aujourd'hui soit dit e
n passant).
Filmé de façon assez "sage", avec quelques lents panoramiques notamment dans les scènes d'intérieur, Shanghai Dreams est définitivement bien loin de toute sino-béatitude. C'est en cela que le film est courageux sans être non plus très enlevé. Quant à la fin -ces trois coups de feu- plusieurs interprétations semblent possibles... Je veux bien en discuter avec un amateur éclairé à l'occasion...
